La sucrerie

 

 

 

Après deux tentatives infructueuses au cours de la première moitié du XIX è siècle, la culture de la betterave démarra véritablement après l’abolition de l’esclavage et l’avènement du second empire au cours duquel la production fut multipliée par dix.

Pionniers, les départements du Nord de la France montrèrent la voie, rapidement suivis par d’autres. Dès 1857, l’Aisne 20% du sucre français était produit dans l’Aisne.

Comme à l’origine, le ramassage des betteraves se faisait avec des charrois à chevaux, il fallait nécessairement que l’usine se trouve à faible distance des lieux de culture. Ainsi, des sucreries furent créées en grand nombre et le département de l’Aisne en comptait déjà 32 en 1852 et 82 en 1886.

La création de la sucrerie d’Autrêches est due à François Honoré, distillateur de Marchiennes dans le département du Nord. Celui-ci acquit au début des années 1860 un grand terrain au Bout de Vaux bordé par le rû des Tanneurs d’une part et d’autre part par le chemin menant à Audignicourt et la rue du Beaumontoir.

Le 8 mai 1863, F. Honoré demande avec insistance l’autorisation d’ouvrir son usine en s’engageant à refouler entièrement les eaux usées vers la plaine. La production est lancée la même année.

Néanmoins, la création d’un établissement industriel à Autrêches se heurte à l’opposition farouche du comte Marie, Alexandre, Edouard de Lupel dont le château n’est guère qu’à un kilomètre de là. Comme par ailleurs, le rû traverse sa propriété sur 700 mètres, il entend qu’aucun rejet n’y soit fait car ses chevaux et ses bestiaux y boivent et son linge y est lavé. De surcroît, ses canaux sont abondamment empoissonnés. Il indique que si malgré cela, la sucrerie était autorisée, « sa demeure serait inhabitable » et refuse par avance toute indemnité compensatrice.

La production de la sucrerie commence en dépit de cette opposition tranchée. Le comte ne désarme pas néanmoins et adresse au préfet des lettres au vitriol dans lesquelles il indique que la construction de l’usine s’est faite sans autorisation après « l’achat à vil prix d’un emplacement détestable consistant en un bâtiment de ferme qui ne servait plus et en un marais près de la source qui alimente le pays ». Par ailleurs, il estime qu’une sucrerie à Autrêches est sans intérêt compte tenu de la proximité de telles usines à Nampcel et à Vic.

L’année suivante, le comte demande au préfet de l’Oise « l’arrêt immédiat de la sucrerie si les eaux devaient ne plus pouvoir aller en plaine » et  le rehaussement de la cheminée à la hauteur de la plaine « car une fumée infecte et épaisse a couvert les habitations du vallon pendant la fabrication en 1863. L’air respiré était nauséabond. » La copie de la lettre au préfet est reçue le 22 octobre 1864 par le maire d’Autrêches, le vicomte Marie, Gabriel, Gustave de Lupel1 qui n’est autre que le fils du récalcitrant.

Par lettre du 28 novembre 1864, F. Honoré est autorisé à mettre en service quatre chaudières et une machine à vapeur.

D’autres demandes sont formulées pour la construction d’un four à chaux la même année et d’un puits absorbant l’année suivante. La construction du four à chaux est autorisée le 30 septembre 1865 à condition qu’une cheminée de 15 mètres au moins soir édifiée. Une autorisation (provisoire) est également donnée pour construire un puits absorbant 1m3/mn.

Ainsi, malgré la vigueur d’une opposition acharnée, le comte n’a pu réussir à entraver la construction de la sucrerie ni son développement.

Que devint la sucrerie par la suite ? Force est de convenir qu’elle ne dût guère prospérer changeant plusieurs fois de mains pour être mise finalement en liquidation en 1877 après avoir été rachetée par les propriétaires de la sucrerie de Nampcel, Labarre, Fréville et Cie, puis par Labarre, Dujardin et Cie et enfin par Herbert et Cie.

L’essentiel du personnel permanent fut recruté dans le nord de la France d’où étaient originaires Auguste Dujardin, Léon Herbert recensés à Autrêches respectivement en 1872 et 1876.

En tout état de cause, il est certain que la sucrerie eut une existence bien éphémère.

Avant le lotissement en 2009 du terrain occupé jadis par la sucrerie, quelques vestiges témoignaient encore des installations industrielles construites par François Honoré il y a près d’un siècle et demi.

La disposition des installations de la sucrerie nous est connue avec précision par les plans en annexe.

Remi Hébert

1 Celui-ci devait décéder le mois suivant. Il fut remplacé par Ch. Flobert, cultivateur du Tiolet qui, de ce fait était probablement intéressé par une sucrerie à proximité de ses champs.

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