Il était une fois, un Comte…..

03/04/2012

par Remi  Hébert

Il était une fois, un Comte…..

Il était une fois, un Comte nommé Marie-Pierre Arthur de LUPEL qui habitait son château d’Autrêches quand il ne séjournait pas en son hôtel particulier de l’avenue Montaigne à Paris.

Riche et puissant, il était néanmoins attentif au sort des malheureux, ne négligeant aucune occasion de soulager la misère.

En digne fils de son père – Directeur des haras royaux – il ne souffrait pas que l’on maltraitât les animaux et tout particulièrement les chevaux.

Célibataire endurci, le comte n’avait qu’une passion : la chasse. Cette passion allait lui être fatale puisqu’il expira le 17 juin 1867 des suites d’un accident alors qu’il chassait en forêt de Compiègne avec la cour impériale.  L’émotion et la tristesse furent générales .

Quelques mois avant de mourir, le comte avait rédigé un testament chez Maître Cavé, notaire à Attichy, par lequel il instituait au profit des 46 communes des cantons d’Attichy, de Vic et Vassens :

■ une rente annuelle et perpétuelle de 2.000 francs . Cette rente devait être distribuée avec équité, « aux blessés, estropiés, invalides, indigents ou incendiés sans assurance » .

■ un prix annuel et perpétuel de 100 francs destiné à récompenser la personne « qui donnerait la preuve du meilleur coeur en soignant, nourrissant et conduisant les chevaux ».

Les 47 communes bénéficiaires de cette ultime générosité exprimèrent leur reconnaissance ; la mémoire du comte fut vénérée avec effusion . A Vic, par exemple, on fit dire une messe pour le repos de l’âme du comte d’Autrêches.

Mais, le défunt comte avait deux frères qui, furieux de voir une partie de l’héritage leur échapper, contestèrent la validité du testament . Que leur frère préférât les pauvres et les animaux à sa noble famille n’était-ce pas la preuve de sa démence ?

Les 47 maires  patientèrent six ans jusqu’à ce que, perdant tout espoir d’arrangement amiable, ils décident de demander à la justice de rétablir leurs droits .

Le Tribunal de Compiègne leur donna raison, mais les deux frères s’obstinèrent en faisant appel.  Peine perdue , car le 28 février 1876 la Cour d’Appel d’Amiens confirma la validité du  testament.

Les perdants firent mine d’accepter une décision qu’ils ne pouvaient plus contester juridiquement, mais bloquèrent toujours la situation de sorte que, seize ans après la mort du comte, les pauvres et les amis des animaux n’avaient toujours rien reçu .

Pour vaincre la mauvaise volonté des deux frères il ne fallut pas moins d’un arrêté des Préfets de l’Oise et de l’Aisne en juin 1883 : le coup fut si dur pour Marie-Alexis-Edouard, le frère aîné,  qu’il en rendit l’âme en son château du Périgord ; un accord put être trouvé avec ses héritiers en mai 1887 .

Entre temps, la zizanie s’était installée entre les communes car les plus peuplées voulaient être mieux traitées que les autres, arguant qu’elles avaient davantage de miséreux à secourir. De plus, un différend apparut entre les municipalités et leur avocat qui entendait recevoir 50 F de chacune des 47 communes avant de restituer les pièces du dossier.

Il fallut encore du temps pour aplanir ces difficultés .

Toutes ces péripéties avaient mis les communes dans une situation délicate . Après plus de 20 ans de procédures, les frais s’accumulaient alors qu’aucune recette n’avait encore été perçue : à titre d’exemple, Autrêches avait réglé 1.200 F pour obtenir les grosses des jugements, sans compter les frais de prise d’hypothèques et autres . Aussi lorsque les héritiers de Marie-Alexis-Edouard payèrent leur dette en 1887, il ne restait plus que 36,37 F pour le bureau de bienfaisance et 3,53 F pour la commune !

Cependant le frère survivant, Marie-Pierre Eugène, châtelain d’Autrêches depuis la mort de son frère, continuait à résister obstinément et il fallut procéder à une saisie-arrêt sur ses biens pour régler définitivement la question .

Ainsi, ce n’est qu’en 1891, soit 24 ans après l’ouverture du testament, que les fonds purent commencer à être distribués à leurs destinataires conformément aux généreuses intentions du bon comte d’Autrêches.

Cela ne représentait plus grand-chose !!!

L’inscription, ci-dessous, que l’on peut voir en bonne place d’un bâtiment

* * *

appartenant à Monsieur et Madame Régis Blatrier de Bonval témoigne aujourd’hui encore de l’adhésion que rencontra le souci de bien traiter les animaux .

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