Une vendetta au XVIe siècle

20/1/2015

par Remi  Hébert

Une vendetta au XVIe siècle

Peu de seigneurs locaux eurent une notoriété au-delà des limites du Soissonnais . Il y eut cependant quelques exceptions : parmi celles-ci,  Antoine de Gonnelieu, gouverneur des châteaux de Ham et de Pierrefonds  . Peut-être aurait-il mieux valu pour lui qu’il ne quittât pas sa seigneurie de Jumencourt (proche de Coucy), ce qui lui aurait évité d’être mêlé à de terribles affrontements, et d’échapper ainsi à une fin tragique . Familier des Grands du Royaume,  homme de confiance du roi, Antoine de Gonnelieu était   beaucoup plus fréquemment au Louvre (résidence royale à l’époque) qu’à Autrêches dont sa belle-sœur était la Dame . Néanmoins, l’époque était troublée et Antoine de Gonnelieu fut mêlé à une véritable vendetta. La haine que se portaient deux familles, les d’Alègre et les du Prat (ou Duprat) avait pour origine Anne d’Alègre qui voulut déshériter les huit enfants qu’elle eut avec Antoine IV du Prat, son premier mari. Cette haine les fit s’entretuer pendant une vingtaine d’années :  

  • Le 8 avril 1565, Antoine d’Alègre, baron de Milau      poignardait François du Prat, baron de Thiers et de  Vitteaux, chambellan du duc d’Anjou et surtout petit-fils d’Antoine du Prat, le célèbre chancelier de France.
  • Le 31 janvier 1569, Guillaume  du Prat, baron de Vitteaux, croisant aux abords du Louvre le meurtrier de      son frère lui tirait un coup de pistolet sans toutefois l’atteindre.
  • En mars 1572, Pierre du Prat fut tué,      « mal a propos et avec supercherie » rapporte Brantôme, par      Antoine de Gonnelieu, ami des Alègre : ce Pierre du Prat était page      du duc d’Alençon et n’avait que 15 ans….

Son meurtre accompli, Antoine de Gonnelieu s’empressa de quitter la Cour pour se réfugier sur ses terres ou plutôt se mettre  sous la protection du connétable de Montmorency à Chantilly. Las! Guillaume du Prat accompagné de cinq hommes le rattrapa à Luzarches et le tua « vite et sans cérémonie » ; son corps retrouvé quelques jours plus tard, fut inhumé dans l’église d’Autrêches auprès de l’autel de la Vierge*. Ce dernier meurtre rendit furieux le roi et son frère qui exigèrent l’exécution de du Prat ; mais celui-ci réussit à s’enfuir en Italie et ne revint que pour tuer l’année suivante Antoine d’Alègre, meurtrier de son premier frère . La série des assassinats continua : en 1575 Guillaume du Prat occit Louis Béranger du Guast, l’amant de la mère de la Belle Gabrielle d’Estrées tandis qu’en juin 1577 : Yves III d’Alègre, frère d’Antoine, tombait victime d’un guet-apens, percé de 37 coups de dague . La série prit fin seulement en 1583 après qu’Yves IV d’Alègre, fils d’Antoine -qui a remplacé du Guast dans le cœur de la mère de la Belle Gabrielle- eut tué en duel le terrible Guillaume du Prat, meurtrier de son père et de ses oncles . Les deux amants s’établirent à Issoire en Auvergne où ils seront eux mêmes tués en 1592.

La fin tragique d’Antoine de Gonnelieu  et la succession de meurtres dans laquelle elle s’inscrit, illustre bien la rudesse des moeurs de l’époque. La veuve d’Antoine de Gonnelieu, Charlotte de Bosbecq, fit un procès et obtint la somme de 4.000 livres .

* Jusqu’en 1914, sur la dalle funéraire en pierre bleue d’Antoine de Gonnelieu, on pouvait encore lire (difficilement)  l’inscription suivante : « ci-git noble hôme Anttoine de Gonnelieu, Chevalier Seigneur de Jumencourt, Premier Chambellan et Capitaine des gardes du roi Charles IX et Gentilhomme ordinaire de la Chambre de Monseigneur le duc d’Alençon, frère dudit Seigneur, lequel trépassa le XXVIème jour de mars 1572 ».…………….. ».  La dalle fut ensuite déplacée pour être mise à l’entrée du chœur, puis en 1866 à l’entrée du grand portail. Enfin, elle fut fixée au mur extérieur de l’église vers 1985.  Cette pierre tombale est la seule à ne pas avoir été détruite lors de la première guerre mondiale .

Publicités

Le sort tragique des habitants d’Autrêches durant les premiers mois de la grande guerre

                               16/04/2012

par Rémi Hébert

 

 

LE SORT TRAGIQUE DES HABITANTS

d’ AUTRECHES

DURANT LES PREMIERS MOIS DE LA GRANDE GUERRE

__________________________

Quand on pense aux malheurs de la guerre à Autrêches , on pense bien sûr au village ruiné, aux maisons détruites, à l’église réduite à un tas de pierres, aux bois et aux champs bouleversés.

Mais tout autant que les pertes matérielles, les pertes humaines ont été dramatiques

Nous connaissons tous le monument aux morts de la commune.

Le nombre d’enfants du pays qui y est  inscrit est impressionnant : une cinquantaine de noms y figure et parmi  eux, plus d’1/3 sont des civils. Aux 31 soldats morts pour la France viennent en effet s’ajouter 16 civils.

Ceci illustre bien le fait que la tragédie à Autrêches fut double :

  • d’une      part parce que comme dans tout le pays, nombre de  jeunes hommes ne sont jamais revenus      tandis que d’autres sont rentrés avec des blessures qui les handicaperont      le reste de leur vie
  •  d’autre part du fait que la population      civile paya elle aussi un lourd tribut à la guerre.

 

Rappel historique :   Août 1914

 

2 août   ——à Affichage de l’ordre de mobilisation générale. Le lendemain, la guerre est déclarée. On part pour une guerre courte, fraîche et joyeuse.

Rapidement néanmoins, on commence à s’interroger :

  • Les      27 et 28, on commence à entendre de + en + distinctement le son du canon.
  • Les      convois de civils exténués marchant en direction du Sud  sont de + en + fournis et passent      bientôt de manière quasi ininterrompue.

On ne sait que penser, beaucoup parlent de manœuvres, de bataille livrée et perdue par les Allemands. Le 28 au soir, Andrieux, s/préfet de Soissons vient rassurer les habitants de Morsain. Dans l’ensemble, on reste plutôt confiant d’autant que l’on voit arriver nos alliés anglais.

  •  Le 30,      passage des Britanniques battant retraite.
  •  Le      31, l’arrière-garde lève le camp avec les Allemands sur les talons.
  • Les habitants les accueillent avec effusion …les prenant pour des Anglais
  • Rapidement, ils déchantent : il faut en loger dans chaque maison et ces locataires ont vite fait de vider les armoires et de faire main basse sur tout ce qui leur convient.

Les Allemands quant à eux sont très méfiants car ils sont convaincus que parmi la population  se cachent des francs–tireurs toujours prêts à leur tirer dessus.  Ainsi le 31, pour cette raison  ils mettent le feu à la mairie – école de Morsain-.

Septembre

Mais la fortune des armes va s’inverser :

Le 12 septembre, l’Aisne est retraversée par les troupes françaises ; le 13 Hautebraye et Chevillecourt sont libérés, puis  c’est Autrêches et Le Bout de Vaux.

Du lundi 14 au dimanche 20 septembre, Autrêches et Chevillecout sont aux mains des Français.

 

Ce sera une semaine sanglante. Pendant cette semaine, personne ne sait plus vraiment où se trouve qui : Les Français tentent de prendre possession du plateau au Nord d’Autrêches et de repousser les Allemands sur Vassens et Nampcel. A l’inverse, les Allemands tentent  à plusieurs reprises de revenir à Autrêches et Chevillecourt où ils font des incursions.

Ainsi, un jour, une patrouille française ne s’était pas rendu compte qu’un détachement allemand se trouvait à l’intérieur de la boulangerie. Le boulanger Amory (maire par ailleurs) ne peut la prévenir et la patrouille française tombe dans le guet-apens. Quelques instants plus tard en allant chercher du pain, le jeune Maurice Lemoine doit enjamber 3 corps sans vie : 2 soldats français et un s/officier allemand tenant encore son revolver au bout du bras….

Chaque jour des combats et des bombardements se produisent. Le sang coule parmi les belligérants mais aussi parmi les civils :

  • les Allemands accusent un cultivateur de Chevillecourt, Brice Albéric Lefevre-Clerginet de faire des signaux aux troupes françaises. L’un d’eux lui plante une baïonnette dans le ventre. Le malheureux expirera le matin du 14 après avoir agonisé toute la nuit.
  •  Le 16, des éclats d’obus blessent Adolphe Charpentier, le coiffeur de Chevillecourt et tuent sa femme. Comme on ne peut l’inhumer, le corps de Mme Charpentier reste plusieurs jours au fonds de la cour de sa maison. Personne ne sut jamais ce qu’il devint.
  •  A proximité de là, une jeune fille d’une douzaine d’ années, Clotilde Foulon est tuée par une balle perdue.

Cette semaine là n’est pas seulement trouble sur le plan militaire, elle est aussi l’occasion de sordides règlements de comptes entre français. Ainsi, le curé aurait-il été accusé par des anti-cléricaux « d’avoir fait prier pour les  boches ». Indigné, il va s’en plaindre au général français qui loge dans son presbytère (1).

La bataille d’AUTRECHES :  le 20  septembre 1914

Le 20 septembre, peu avant le lever du soleil, les Allemands lancent une grande offensive.

Plusieurs milliers d’hommes sont lancés à l’attaque de Chevillecourt et d’Autrêches

La  bataille sera sanglante et acharnée. Après s’être battu dans les champs et les bois, on se livre à des combats de rue : chaque maison est défendue âprement : on tire au canon, à la mitrailleuse, au fusil de partout , des toits, des fenêtres, des caves, ….

Les civils sont au milieu de tout cela ….

Les Allemands accusent des habitants de prendre part aux combats. C’est ainsi que 7 civils sont sommairement fusillés au Pont à la planche après que l’on les ait obligés à creuser leur tombe…., 5  d’entre eux sont des habitants de Chevillecourt alors que les 2 autres n’étaient que de passage.

Le soir du 20 septembre, le front  sépare la commune entre deux. De part et d’autre, des retranchements sont creusés et chacun fortifie le terrain qu’il va occuper pendant près de 3 années.

(1)                 Dix jours plus tard, le pauvre curé est accusé cette fois par les Allemands  « d’avoir injurié par écrit l’armée allemande ».

La période  du 21 septembre à  mi- novembre 1914 ; La guerre de position 

Jusqu’à ce qu’ils soient évacués, les civils vont se trouver au milieu des combats et payer cher cette situation. Ainsi, postérieurement au 20 septembre des habitants sont tués dans la rue, leur maison ou leur cave.

A cet égard, il faut citer le sort tragique de la famille Cadot. Le 8 octobre à midi,  la famille est réunie dans la cave de sa maison de la rue du Beaumontoir  pour les 20 ans de Marie-Albertine. A proximité se trouve la roulante d’une compagnie allemande. Les soldats sont massés et attendent leur ration.  Un obus tombe. Aucun Allemand n’est touché mais un jeune garçon reçoit un éclat en pleine poitrine, la mère et la grand-mère Cadot sont grièvement blessés  tandis que  François, 36 ans et les 3 enfants Cadot sont tués : Marie-Albertine , son frère Daniel, 15 ans et sa sœur Renée-Lucienne, 4 ans . (2)

Par ailleurs, ils sont exposés à bien des tourments.

  • D’une manière générale pour les Allemands, la précision des tirs français ne peut s’expliquer  que par les renseignements que les civils font parvenir à l’armée française.
  • Un vieillard est particulièrement suspecté d’espionnage. Les Allemands, qui l’ont surnommé « la marmotte » trouvent étrange qu’il se trouve souvent près des roulantes et que celles-ci soient ensuite bombardées par l’artillerie française.
  • Le 23 septembre, toute la population civile (malades compris) est assemblée dans le chemin menant à Moulin et y reste de 8 à 14 heures sous les tirs français pendant que les maisons sont fouillées à la recherche de soldats français et d’espions. Un enfant est blessé et une vieille femme meurt de frayeur qqs jours + tard.
  • Après le 23, le curé, 6 otages et les jeunes gens sont parqués dans la salle de bal du café et sa cour face à l’église puis dans la cave après la destruction de la maison fin octobre. Ils sont utilisés pour toutes sortes de corvée.
  • Un  jeune garçon  prénommé Clovis, subit un simulacre d’exécution.

Mi- novembre, toute la population est emmenée à Blérancourt puis plus au Nord

*******

(2)                 A la fin de ce mois d’octobre, ce fut le tour du frère aîné de connaître une fin tragique: Norbert Cadot âgé de 23 ans mobilisé au 306° RI  disparaît sur le champ de bataille à Vailly/Aisne.

La logique aurait voulue que les civils français soient naturellement bien traités par leur armée. Mais une relation de défiance domine alors. On est certain que parmi les civils se cachent des Allemands ou des Français à la solde de l’ennemi.  C’est ainsi, que certains d’entre eux seront plus ou moins gravement inquiétés. A titre d’exemple :

  • le 16     octobre, on arrête dans un bois d’Ambleny, une vieille mendiante du nom de  Philomène Baudoin qui habitait une      carrière d’Autrêches. On l’accuse d’avoir donné des renseignements à      l’ennemi. Elle est donc accusée d’espionnage mais on s’aperçoit vite que      son état d’hébétude n’est pas simulé et on ne peut que la relâcher.
  • Auparavant, 2 cultivateurs (Blatrier de Bonval et      Pamart de la ferme St Victor) avaient eux-mêmes été arrêtés pour espionnage      pour le compte des Allemands.

Conclusion

 

Lorsque nous passons devant le monument aux morts d’Autrêches, ayons une pensée pour tous ceux qui souffrirent de la Grande Guerre en y incluant  la population qui paya elle aussi paya cher le fait de s’être trouvée au mauvais endroit au mauvais moment.

Epilogue

Après guerre, on recherche les corps et les criminels de guerre (enquête de la mission militaire française à Berlin après l’Armistice) .

Bibliographie :

  • Abbé J-B Verdier « Souvenirs d’un prêtre français en Allemagne » ; impr. Paroissiale Belmont ; 1920
  • Historiques régimentaires français et allemands
  • Souvenirs d’Autrêches d’A. Matthiessen ; n° 19 du Frontsoldat
  • Berthier de Sauvigny ; Pages d’histoire locale ; impr de Compiègne ; 1934
  • Archives de la mission militaire française à Berlin ; aout 1919
  • Témoignages oraux de MM M. Lemoine, E. Lefevre, Mme R. Vincent,…

Cela s’est passé en octobre 1914 à Autrêches

26/3/2012

par Remi Hébert

Cela s’est passé en octobre 1914 à Autrêches

Déjà, pendant la première guerre mondiale, des journaux illustrés informaient les civils des faits qui se déroulaient sur le front. Dans l’un de ces magazines paru en 1915 « le Frankfurter Zeitung » nous avons trouvé ce récit fait par un soldat allemand .

Voici la traduction de cet article :

 Dans les bois, au sud d’Autrêches, une de nos patrouilles profitant d’un épais brouillard a épinglé sur un arbre à 50 mètres des tranchées françaises un mot manuscrit sur lequel nous avions écrit ceci :

« Courageux soldats Français, vous versez votre sang sans raison pour ces hypocrites d’Anglais qui se comportent partout de la même manière . Nous avons déjà fait prisonnier 300.000 Russes et sommes vainqueurs sur tous les fronts même si les mensonges anglais disent le contraire . C’est la vérité .

Venez nous rejoindre, vous serez reçus amicalement chez nous, vous mangerez à volonté . Vous n’avez rien à craindre de nous, nous n’avons que de la sympathie à votre égard . Savez-vous que nous avons encore des munitions et du ravitaillement pour une année ?

Ceux d’entre vous qui dans les prochains jours viendraient vers nous sans arme avec un drapeau ou un tissu blanc seront reçus comme des invités .

Ces promesses engagent sur l’honneur, Manituis, officier prussien, et Dehmel, poète allemand »

Quelques jours plus tard, une patrouille trouva la réponse épinglée sur le même arbre . Il y était écrit :

«  Les nouvelles que vous nous donnez sont déjà anciennes. Ce que vous dites de nos amis anglais est faux. Ils se battent courageusement à nos côtés pour la liberté et le bonheur de nos peuples . Ceux qui disent que le soldat français est affamé sont menteurs . Ils ignorent les nombreuses richesses de notre belle France.

 J’affirme que vous êtes perdus . Toute l’Europe est contre l’Allemagne et nous devons gagner la guerre pour tuer votre Empereur et vous libérer.

Vous êtes de misérables esclaves . Devenez libres . Votre Empereur doit tomber ; l’Empire est perdu.  Venez avec nous ! »

C’était signé : un soldat français qui a étudié l’allemand et veut vous libérer du joug impérial ».

La lettre était écrite sur un menu daté du 19 octobre en bordure duquel l’auteur de la lettre avait écrit à la main :

« Ceci est le repas habituel des officiers français qui invitent cordialement les officiers allemands ».

Les de LOUVEL, derniers seigneurs d’Autrêches

13/1/2013

par Remi Hébert :

Les de LOUVEL, derniers Seigneurs d’Autrêches

1ère Génération

Antoine-Marie de LOUVEL  (1707-1779)

qui se rendit acquéreur du domaine d’Autrêches en 1770. Il s’intitulait Seigneur de WARVILLERS , ARVILLERS,  LECHELLE , Vicomte d’Autrêches

  • Fils d’Etienne-François de LOUVEL , Chevalier , Seigneur de Ravenel, Warvillers, le Petit Heilly et de Béthisy et de Charlotte de Vendeuil (1), mousquetaire de la garde du roi .
  • Frère de Marie-Françoise qui se marie le 9 juin1737 à Warvillers avec Charles François des Essarts, fils de François et d’Anne-Charlotte de La Fontaine, dame d’Autrêches . Le lien entre les LOUVEL  et  AUTRECHES se trouve là .

Antoine-Marie épouse le 22 septembre 1731,  Gilette de Trécesson dont il a 6 enfants. Charles-Gilles  né en 1735 en est l’ainé . Son père se remarie le 28 janvier 1751 avec Reine-Robertine de Noue (ce second mariage ne fut pas fécond).

Continuant à résider à Warvillers, il confie ses intérêts à Autrêches à Louis Chirol-Ducastel,  receveur de la terre et seigneurie qui mourut en 1774 sans être remplacé semble-t-il .

Antoine-Marie de Louvel, quant à lui, mourut à Warvillers le 4 avril 1779.

 

2ème Génération

Charles-Gilles-Marie (1735-1818)

Mariage le 3/12/1758 avec Marie-Anne-Antoinette-Nicolle de Guillebon (2). Le couple n’eut qu’un enfant, Antoine-Gilles-Marie au profit duquel son père Charles-Gilles de Louvel, chevalier, seigneur vicomte d’Autrêches rédigea son testament en son château le 1er juillet 1784. Un second testament fut rédigé en vendémiaire de l’an III après la mort de son fils.  Charles-Gilles fut le premier de la famille à fixer sa résidence à Autrêches, délaissant Warvillers . Toutefois, le 17/4/1791, Charles-Gilles-Marie achète pour l’habiter (et peut être pour se fondre dans l’anonymat de la ville) une maison au 522 rue des Cordeliers à Soissons moyennant 16.450 livres .

Auteur d’un ouvrage de commande,  A.Goze (3), le décrit comme étant d’une exquise politesse avec tous et inspirant un respect unanime :

« Ce comte, ancien officier supérieur de cavalerie était le vrai type de gentilhomme français . Aussitôt qu’il paraissait dans une assemblée publique, même à l’église, tout le monde se levait comme un seul homme tant il inspirait le respect ».

—————————————————————————————————————–

(1)                Devenue veuve d’Etienne-François, chevalier seigneur de Ravenel, Warvillers, puiné de Charles de Collemont, seigneur de Framerville, elle achète en 1721 à François du Prat pour 30.000 livres la seigneurie d’Arvillers . Elle meurt à Warvillers en 1750 à 72 ans .

(2)                Née en 1738, fille de Louis Pierre Nicolas de Guillebon, décédée en 1776.

(3)                Note, page 23 in « l’église d’Autrêches » de A. Goze (1862)

 

Il n’émigra point, de sorte qu’il garda tous ses biens . Goze, puis Louis Nocq après lui, indiquent à tord que Saint-Just –député du bourg voisin de Blérancourt- ne permit pas qu’on l’inquiétât de quelque façon . En fait, bien au contraire, il fut incarcéré à Amiens le 29 Pluviôse An II par mesure de sûreté générale, précisément sur un arrêté de Saint-Just et consorts (1)

Un mois après l’emprisonnement de cet homme de 59 ans, auquel on ne reproche que son état d’aristocrate, le comité de surveillance d’Autrêches indique « qu’il n’a jamais eu aucune liaison ou relation suspecte et a toujours paru zélé pour la révolution… », qu’il a un revenu de 15.000 livres et le présente comme cultivateur . Le 17 Floréal An II, le district de Noyon demande également à celui de Noyon de le maintenir en détention mais … dans sa maison d’Autrêches sous la surveillance de la municipalité afin qu’il puisse « faire procéder à la culture et à l’ensemencement des terres considérables qu’il y possède ».

Aucune autre pièce ne permet de confirmer que le comte était sincèrement gagné aux idées nouvelles . On sait cependant qu’il se rendit acquéreur de biens nationaux . Ainsi le château de Vassens fut acquis par lui (Marie-Gabrielle-Eugénie, sa petite fille, le reçut en dot) . De surcroît, une pétition du « Citoyen LOUVEL » signée par les habitants d’Autrêches et datée du 29 Fructidor An III est ainsi rédigée :

« Les plans des terres et seigneurie ont été remis en exécution de la loi, mais pour montrer sa plus grande soumission, le Citoyen LOUVEL a fait de son plein gré déposer un autre plan en feuille, il souhaite aujourd’hui le récupérer car cela serait plus utile aux habitants pour s’assurer de la situation et de la qualité de leur terrain et pour rectifier les états de section où se trouvent des erreurs ».

Il se voit rembourser en 1809 un prêt de 46 sous et 6 deniers accordé 28 ans plus tôt à un habitant d’Autrêches .

Son corps est inhumé dans la crypte de l’église . La pierre sépulcrale porte l’inscription suivante :

« Ci-gît/Charles-Gilles-Marie, Comte de LOUVEL/ancien officier supérieur de cavalerie/né en 1735/et décédé le 3 Xbre 1818/. »

Ce fut la dernière personne a être enterrée dans l’église même .

 

3ème Génération

Antoine-Gilles-Marie (1759-1793)

Capitaine au régiment de Conti – Dragons en 1778 , il quitte le métier des armes peu après (avant 1786)

Le chapitre de la cathédrale de Noyon renouvelle le 22 mars 1780 en sa faveur une contribution pour percevoir une rente destinée à un enfant de cœur de la cathédrale.

……………………………………………………………………………………………….…

(1) AD L4 ; arrêté à Roye le 20 février 1794 (3 jours après son fils, sa bru et leurs 4 enfants et incarcéré à la prison de Bicêtre, puis transféré le 10 mai à l’hospice (source F.Darsy cité par Olivier Garcin).

Marié à Anne-Charlotte-Christine-Gabrielle Lucye de la Myre (1).

Arrêté le 17 février 1794, Antoine-Gilles-Marie fut conduit à la prison de Bicêtre à Amiens où son propre père le rejoignit et partagea son triste sort . Il décède le 25 août 1794 (28 Thermidor An II), peu après sa libération, à Warvillers où étaient nés ses 4 enfants :

1/       Marie-Gabrielle Eugénie, née le 21/6/1784 .

Mariage à Warvillers avec Louis Héricart de Thury le 17 janvier 1801 (27 Nivôse de l’An IX) dont elle divorça le 14/10/1805 pour « incompatibilité d’humeur et de caractère » . Le couple eut un enfant (1801) à Warvillers . Le divorce fut prononcé à la mairie d’Autrêches . La divorcée se retira à Warvillers, puis à Paris , se remariant à Warvillers en 1815 avec le même !

2/       Marie-Alexandre-Edouard, né le 11/2/1786 (cf.ci-après : 4ème génération).

3/       Marie-Antoinette-Amélie, née le 6/7/1788, décédée en 1858.

Mariage le 9/6/1809 avec Louis-François Bertrand de Vigneral, de Ry (Orne). La mariée demeurait chez son aïeul paternel au château d’Autrêches . Un fils : Marie-Gustave né en 1809 .

4/       Marie-Joseph-Eléonore, née le 16/12/1792 , décédée célibataire en 1867 à Amiens .

Leur grand-père, le comte Charles-Gilles eut la charge de leur éducation après la mort précoce de leur père.

4ème Génération.

Marie-Alexandre-Edouard (11/2/1786 – 31/1/1867).

Seul garçon parmi les 4 enfants du comte Charles-Gilles.

Marié à Adèle-Euphrasie du Tremblay, née le 13/9/1797 à Paris ; décédée le 26/4/1872 au château de Razat appartenant à la famille de la femme de son 3ème fils .

Quatre enfants (2) :

1/ – Marie Pierre Arthur                      né à Paris en 1816

2/ – Marie Pierre Eugène                    né à Autrêches le 9/3/1818

3/- Marie Alexis Edouard                   né à Autrêches le 30/5/1820

4/- Marie Gabriel Gustave                  né à Autrêches le 11/5/1822

………………………………………………………………………………………………….

(1)     Née en 1764 à Davesnescourt . Arrêtée en même temps que son mari, elle est libérée le jour même avec ses enfants . Elle vivait à Arvillers en 1820 .

(2)     « Vivant tous  des rentes de leurs parents » selon l’état nominatif de 1851.

Rompant avec la tradition militaire familiale, le comte Marie-Alexandre-Edouard se fit remplacer à la conscription de 1806 par un garçon tailleur, nommé Daugy, moyennant la somme de 4.000 livres tournois.

C’est probablement lui qui termina la restauration du château entreprise par son grand-père.

Le second fils de Charles X, le duc de Berry venant d’être assassiné par un nommé Louvel, un jugement du 30/11/1821 permit à la famille, la substitution du nom patronymique LUPEL à celui de LOUVEL(1) . Bien en cour, le comte de LUPEL avait été nommé au Conseil d’arrondissement de Compiègne mais en fut évincé après la chute de Charles X.

Maire d’Autrêches en 1820, renouvelé en 1826, l’étoile du comte pâlit avec l’avènement de la monarchie de Juillet . Ainsi en 1829, la commune représentée par Tricot, adjoint, fut sur le point d’intenter un procès au comte accusé d’usurper des biens communaux . Une transaction fut conclue sous l’égide du préfet pour attribuer à chacun une partie des biens litigieux.

En 1831, le comte emploie pas moins de 13 personnes : 1 précepteur, 5 domestiques, 1 garde particulier, 2 cuisiniers, 1 jardinier et 3 charretiers . Petit à petit, le personnel se réduira pour se limiter en 1856 à  1 domestique à gage, 1 chef cuisinier, 1 garde particulier et 1 femme de chambre.

Il accroît son domaine en acquérant différentes parcelles à Autrêches (2) .

En 1863-64, il s’oppose avec véhémence à la création de la sucrerie du Bout de Vaux qui, selon lui, rendrait sa demeure inhabitable.

Le comte meurt au château d’Autrêches le 31/1/1867 laissant son domaine à Marie-Pierre-Arthur, son fils aîné qui allait lui survivre moins de 6 mois.

…………………………………………………………………………………………………………..

(1)     Toutefois à la fin du siècle, la famille se fit appeler Louvel-Lupel puis revint au seul nom de Louvel.

(2)     Ainsi achète-t-il  en 1828 :20,60 ares de pré pour 200 F. et 26,18 ares de terre pour 300 F

en 1855 :10 ares de pré pour  125 F

5ème Génération

Marie-Pierre-Arthur, l’aîné (1816 – 27/6/1867)

Il partagea son temps entre Paris et Autrêches où il réside habituellement avec ses parents et son frère cadet Gustave. Fréquentant la cour impériale, c’est précisément au cours d’une chasse avec l’Empereur qu’il fut victime d’un accident de cheval en forêt de Laigue (1).

Il succombe à ses blessures en son hôtel du 45 de l’avenue Montaigne le 27 juin 1867 . Son corps est inhumé dans la propriété familiale aux côtés de son père et de son frère Gustave.

Marie-Pierre-Arthur ne laissa pas de postérité .

Sensible à la misère humaine, comme à celle des animaux de ferme, il créa par testament une rente annuelle au profit des malheureux et un prix également annuel, destiné à celui qui traiterait le mieux les chevaux. (Cf. « Il était une fois, un comte… » sur ce même blog).

 

Marie-Gabriel-Gustave, le cadet était déjà mort depuis le 24 novembre 1864 au château d’Autrêches, également sans postérité . Résidant sans interruption à Autrêches, il agrandit son domaine (achat de bois et terres pour 205 F en 1862) et signe : Vicomte de Lupel . Maire en 1856, il occupe cette fonction jusqu’à son décès .

Faute d’avoir eu l’autorisation de l’enterrer dans la crypte de l’église auprès de son grand père et après de macabres péripéties, son père le  fit inhumer dans sa propriété à proximité du château . Une carte postale allemande éditée pendant la guerre permet de garder le souvenir du caveau.

Les corps inhumés à cet endroit ont été transférés après guerre au centre du cimetière communal dans une sépulture restée anonyme depuis lors…

…………………………………………………………………………………..

(1)     A un endroit où une croix a été érigée.

Marie-Alexis-Edouard (30/5/1820 -6/1/1887 au château de Razat)

Mariage avec Louise-Aline Noël du Payrat, née le 11/12/1824 à Paris, décédée le 21/2/1885 au château de Razat en Périgord.

Légataire  universel de son frère Gustave, il met en  adjudication volontaire le 5/1/1879 une vingtaine de parcelles de bois, prés et terres lui appartenant, souvent attenants à celle du comte Eugène, son frère . La procédure de vente choisie indique que les deux frères survivants ne s’entendaient vraisemblablement pas .

Engagé volontaire à la suite de la mort de son fils à Sedan en 1870, il fut capitaine des Mobiles de l’Yonne durant cette guerre . Il se fixa dans le Périgord mais est enterré dans la chapelle seigneuriale de Warvillers, berceau de la famille .

Postérité :

1/ –  Marie Berthe (1845-1847)

2/ – Marie Robert né en 1847, sous-lieutenant au 47ème de ligne, tué à Sedan le 1er septembre 1870.

3/ – Marie Arthur Guillaume, né le 26/10/1854 ; décédé le 24/3/1919 ; croix de guerre, maire de Warvillers ; inhumé dans la chapelle seigneuriale . Se faisait appeler comte de Louvel-Lupel.

Mariage avec une demoiselle de Montalembert, fille du colonel et de Valentine de Rochechouart.

Sept enfants naquirent : Pierre, l’aîné, chef de famille et des armes ; mort à 49 ans en 1929, maire de Warvillers et député de la Somme .

 

Marie-Pierre-Eugène(1818 – 1898 env.)

Mariage à Autrêches le 25 juin 1844 avec une roturière,  Marie Clémentine Vinchon, âgée de 19 ans, née à Ennemain (Somme) ; l’instituteur d’Autrêches fut l’un des témoins de la mariée .

Probablement en rupture familiale, les époux partirent en Alsace où naquit le 3/7/1851 à Schweighouse leur seule enfant, Jeanne ; peu après, la mère demanda la séparation de corps et de biens ; l’ayant obtenue en 1853, elle se retira dans son village natal où elle mourut 5 ans après.

Marie-Pierre Eugène de LUPEL, officier d’infanterie en garnison à  Haguenau, quitta l’Alsace et l’armée  pour habiter le château d’Autrêches après le décès de son frère aîné, Marie-Pierre-Arthur en juin 1867 (1) qui avait suivi de quelques mois celui de leur père . Ce retour à Autrêches détermina probablement le départ de sa mère qui alla vivre au château de Razat chez son 3ème fils.

Marie-Pierre  Eugène fut le dernier comte d’Autrêches a y avoir résidé ; il y est recensé de 1872 à 1891. En 1876, il vit seul au château avec sa  gouvernante, alsacienne de 40 ans, un domestique et 2 ouvriers agricoles .

Probablement brouillé avec le reste de sa famille et de caractère taciturne, il ne recevait que peu (dans le village on l’appelait « le comte aux chiens » tant sa prédilection pour ces animaux était grande) . C’est probablement par ressentiment à l’égard de sa fille et de son gendre, qu’il proposa de donner toutes ses terres à Autrêches et dans les communes avoisinantes à la condition que celles-ci soient gérées par une structure intercommunale présidée alternativement par les maires de Vic et d’Attichy.

…………………………………………………………………………………………………..

(1)     Eugène est le seul parent témoin à l’acte de décès d’Arthur, ce qui dénote sa présence à Paris en 1867.

Il est aussi le seul parent témoin à l’acte de décès de sa tante Marie-Joseph-Eléonore à Amiens le 5/1/1867 (morte sans postérité).

Il quitte la commune avant sa mort peu avant 1900 (cf carte postale postérieure à 1900 représentant le château toutes portes et fenêtres closes).

 

Les deux dernières générations (6ème et 7ème)

Fille de Marie-Pierre-Eugène, Jeanne de Lupel épousa le comte Jean Maxime Boula de Mareuil  à  Bouillencourt-la-Bataille dans la Somme le 8/7/1876 dès sa majorité (25 ans) et 4 jours après son 1er accouchement . Ses témoins furent son oncle Edouard, chez lequel elle était   domiciliée au château de Razat et son cousin germain, Guillaume . En revanche son propre père était absent … Les époux résidèrent au château de Bouillencourt .

Le château d’Autrêches resta inoccupé jusqu’à la guerre au cours de laquelle il fut très endommagé (cf .photo ci-dessous).

Au lieu de le reconstruire sur place, grâce aux dommages de guerre, Jeanne Boula de Mareuil (devenue veuve pendant la 1ère guerre mondiale)  préféra faire bâtir une maison rue de Clamart à Compiègne dans laquelle elle vécut près de 50 ans .

Jeanne Boula de Mareuil fut néanmoins marraine de la cloche de l’église d’Autrêches reconstruite qui porte son prénom . Elle eut 3 enfants (cf.dossier), tous nés à Bouillencourt-la-Bataille. Elle décéda à Compiègne en 1949 à l’âge de 97 ans.

Sa fille puînée, Jeanne, épouse Delherm de Novital décéda le 13 juillet 1977, elle aussi,  à Compiègne à 95 ans, sans postérité . Ses biens immobiliers d’Autrêches revinrent à ses neveux Boula de Mareuil qui vendirent leurs 71 ha de bois puis la ferme et 70 ha de terres en 1997 à M. Hervé de Smedt .

Ainsi prit fin le dernier lien entre Autrêches et ses ci-devant seigneurs .

………………………………………………………………………………………………….

Sources : ma documentation (archives familiales des Louvel, correspondances, témoignages recueillis…), archives départementales de l’Oise (E-C., recensements) , A. Goze, Olivier Garcin (archives de la Somme, …).