Le sort tragique des habitants d’Autrêches durant les premiers mois de la grande guerre

                               16/04/2012

par Rémi Hébert

 

 

LE SORT TRAGIQUE DES HABITANTS

d’ AUTRECHES

DURANT LES PREMIERS MOIS DE LA GRANDE GUERRE

__________________________

Quand on pense aux malheurs de la guerre à Autrêches , on pense bien sûr au village ruiné, aux maisons détruites, à l’église réduite à un tas de pierres, aux bois et aux champs bouleversés.

Mais tout autant que les pertes matérielles, les pertes humaines ont été dramatiques

Nous connaissons tous le monument aux morts de la commune.

Le nombre d’enfants du pays qui y est  inscrit est impressionnant : une cinquantaine de noms y figure et parmi  eux, plus d’1/3 sont des civils. Aux 31 soldats morts pour la France viennent en effet s’ajouter 16 civils.

Ceci illustre bien le fait que la tragédie à Autrêches fut double :

  • d’une      part parce que comme dans tout le pays, nombre de  jeunes hommes ne sont jamais revenus      tandis que d’autres sont rentrés avec des blessures qui les handicaperont      le reste de leur vie
  •  d’autre part du fait que la population      civile paya elle aussi un lourd tribut à la guerre.

 

Rappel historique :   Août 1914

 

2 août   ——à Affichage de l’ordre de mobilisation générale. Le lendemain, la guerre est déclarée. On part pour une guerre courte, fraîche et joyeuse.

Rapidement néanmoins, on commence à s’interroger :

  • Les      27 et 28, on commence à entendre de + en + distinctement le son du canon.
  • Les      convois de civils exténués marchant en direction du Sud  sont de + en + fournis et passent      bientôt de manière quasi ininterrompue.

On ne sait que penser, beaucoup parlent de manœuvres, de bataille livrée et perdue par les Allemands. Le 28 au soir, Andrieux, s/préfet de Soissons vient rassurer les habitants de Morsain. Dans l’ensemble, on reste plutôt confiant d’autant que l’on voit arriver nos alliés anglais.

  •  Le 30,      passage des Britanniques battant retraite.
  •  Le      31, l’arrière-garde lève le camp avec les Allemands sur les talons.
  • Les habitants les accueillent avec effusion …les prenant pour des Anglais
  • Rapidement, ils déchantent : il faut en loger dans chaque maison et ces locataires ont vite fait de vider les armoires et de faire main basse sur tout ce qui leur convient.

Les Allemands quant à eux sont très méfiants car ils sont convaincus que parmi la population  se cachent des francs–tireurs toujours prêts à leur tirer dessus.  Ainsi le 31, pour cette raison  ils mettent le feu à la mairie – école de Morsain-.

Septembre

Mais la fortune des armes va s’inverser :

Le 12 septembre, l’Aisne est retraversée par les troupes françaises ; le 13 Hautebraye et Chevillecourt sont libérés, puis  c’est Autrêches et Le Bout de Vaux.

Du lundi 14 au dimanche 20 septembre, Autrêches et Chevillecout sont aux mains des Français.

 

Ce sera une semaine sanglante. Pendant cette semaine, personne ne sait plus vraiment où se trouve qui : Les Français tentent de prendre possession du plateau au Nord d’Autrêches et de repousser les Allemands sur Vassens et Nampcel. A l’inverse, les Allemands tentent  à plusieurs reprises de revenir à Autrêches et Chevillecourt où ils font des incursions.

Ainsi, un jour, une patrouille française ne s’était pas rendu compte qu’un détachement allemand se trouvait à l’intérieur de la boulangerie. Le boulanger Amory (maire par ailleurs) ne peut la prévenir et la patrouille française tombe dans le guet-apens. Quelques instants plus tard en allant chercher du pain, le jeune Maurice Lemoine doit enjamber 3 corps sans vie : 2 soldats français et un s/officier allemand tenant encore son revolver au bout du bras….

Chaque jour des combats et des bombardements se produisent. Le sang coule parmi les belligérants mais aussi parmi les civils :

  • les Allemands accusent un cultivateur de Chevillecourt, Brice Albéric Lefevre-Clerginet de faire des signaux aux troupes françaises. L’un d’eux lui plante une baïonnette dans le ventre. Le malheureux expirera le matin du 14 après avoir agonisé toute la nuit.
  •  Le 16, des éclats d’obus blessent Adolphe Charpentier, le coiffeur de Chevillecourt et tuent sa femme. Comme on ne peut l’inhumer, le corps de Mme Charpentier reste plusieurs jours au fonds de la cour de sa maison. Personne ne sut jamais ce qu’il devint.
  •  A proximité de là, une jeune fille d’une douzaine d’ années, Clotilde Foulon est tuée par une balle perdue.

Cette semaine là n’est pas seulement trouble sur le plan militaire, elle est aussi l’occasion de sordides règlements de comptes entre français. Ainsi, le curé aurait-il été accusé par des anti-cléricaux « d’avoir fait prier pour les  boches ». Indigné, il va s’en plaindre au général français qui loge dans son presbytère (1).

La bataille d’AUTRECHES :  le 20  septembre 1914

Le 20 septembre, peu avant le lever du soleil, les Allemands lancent une grande offensive.

Plusieurs milliers d’hommes sont lancés à l’attaque de Chevillecourt et d’Autrêches

La  bataille sera sanglante et acharnée. Après s’être battu dans les champs et les bois, on se livre à des combats de rue : chaque maison est défendue âprement : on tire au canon, à la mitrailleuse, au fusil de partout , des toits, des fenêtres, des caves, ….

Les civils sont au milieu de tout cela ….

Les Allemands accusent des habitants de prendre part aux combats. C’est ainsi que 7 civils sont sommairement fusillés au Pont à la planche après que l’on les ait obligés à creuser leur tombe…., 5  d’entre eux sont des habitants de Chevillecourt alors que les 2 autres n’étaient que de passage.

Le soir du 20 septembre, le front  sépare la commune entre deux. De part et d’autre, des retranchements sont creusés et chacun fortifie le terrain qu’il va occuper pendant près de 3 années.

(1)                 Dix jours plus tard, le pauvre curé est accusé cette fois par les Allemands  « d’avoir injurié par écrit l’armée allemande ».

La période  du 21 septembre à  mi- novembre 1914 ; La guerre de position 

Jusqu’à ce qu’ils soient évacués, les civils vont se trouver au milieu des combats et payer cher cette situation. Ainsi, postérieurement au 20 septembre des habitants sont tués dans la rue, leur maison ou leur cave.

A cet égard, il faut citer le sort tragique de la famille Cadot. Le 8 octobre à midi,  la famille est réunie dans la cave de sa maison de la rue du Beaumontoir  pour les 20 ans de Marie-Albertine. A proximité se trouve la roulante d’une compagnie allemande. Les soldats sont massés et attendent leur ration.  Un obus tombe. Aucun Allemand n’est touché mais un jeune garçon reçoit un éclat en pleine poitrine, la mère et la grand-mère Cadot sont grièvement blessés  tandis que  François, 36 ans et les 3 enfants Cadot sont tués : Marie-Albertine , son frère Daniel, 15 ans et sa sœur Renée-Lucienne, 4 ans . (2)

Par ailleurs, ils sont exposés à bien des tourments.

  • D’une manière générale pour les Allemands, la précision des tirs français ne peut s’expliquer  que par les renseignements que les civils font parvenir à l’armée française.
  • Un vieillard est particulièrement suspecté d’espionnage. Les Allemands, qui l’ont surnommé « la marmotte » trouvent étrange qu’il se trouve souvent près des roulantes et que celles-ci soient ensuite bombardées par l’artillerie française.
  • Le 23 septembre, toute la population civile (malades compris) est assemblée dans le chemin menant à Moulin et y reste de 8 à 14 heures sous les tirs français pendant que les maisons sont fouillées à la recherche de soldats français et d’espions. Un enfant est blessé et une vieille femme meurt de frayeur qqs jours + tard.
  • Après le 23, le curé, 6 otages et les jeunes gens sont parqués dans la salle de bal du café et sa cour face à l’église puis dans la cave après la destruction de la maison fin octobre. Ils sont utilisés pour toutes sortes de corvée.
  • Un  jeune garçon  prénommé Clovis, subit un simulacre d’exécution.

Mi- novembre, toute la population est emmenée à Blérancourt puis plus au Nord

*******

(2)                 A la fin de ce mois d’octobre, ce fut le tour du frère aîné de connaître une fin tragique: Norbert Cadot âgé de 23 ans mobilisé au 306° RI  disparaît sur le champ de bataille à Vailly/Aisne.

La logique aurait voulue que les civils français soient naturellement bien traités par leur armée. Mais une relation de défiance domine alors. On est certain que parmi les civils se cachent des Allemands ou des Français à la solde de l’ennemi.  C’est ainsi, que certains d’entre eux seront plus ou moins gravement inquiétés. A titre d’exemple :

  • le 16     octobre, on arrête dans un bois d’Ambleny, une vieille mendiante du nom de  Philomène Baudoin qui habitait une      carrière d’Autrêches. On l’accuse d’avoir donné des renseignements à      l’ennemi. Elle est donc accusée d’espionnage mais on s’aperçoit vite que      son état d’hébétude n’est pas simulé et on ne peut que la relâcher.
  • Auparavant, 2 cultivateurs (Blatrier de Bonval et      Pamart de la ferme St Victor) avaient eux-mêmes été arrêtés pour espionnage      pour le compte des Allemands.

Conclusion

 

Lorsque nous passons devant le monument aux morts d’Autrêches, ayons une pensée pour tous ceux qui souffrirent de la Grande Guerre en y incluant  la population qui paya elle aussi paya cher le fait de s’être trouvée au mauvais endroit au mauvais moment.

Epilogue

Après guerre, on recherche les corps et les criminels de guerre (enquête de la mission militaire française à Berlin après l’Armistice) .

Bibliographie :

  • Abbé J-B Verdier « Souvenirs d’un prêtre français en Allemagne » ; impr. Paroissiale Belmont ; 1920
  • Historiques régimentaires français et allemands
  • Souvenirs d’Autrêches d’A. Matthiessen ; n° 19 du Frontsoldat
  • Berthier de Sauvigny ; Pages d’histoire locale ; impr de Compiègne ; 1934
  • Archives de la mission militaire française à Berlin ; aout 1919
  • Témoignages oraux de MM M. Lemoine, E. Lefevre, Mme R. Vincent,…
Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s