L’horloge baladeuse / retrouvée

18/9/2012

 par Remi  Hébert

 

Une horloge baladeuse

 

Au presbytère d’Autrêches trônait une vénérable horloge comtoise depuis des lustres jusqu’au jour où Les fantassins allemands du 31ème Régiment d’Infanterie de Hambourg occupèrent Autrêches.

Peu avant Noël 1914, ils s’en emparèrent sans vergogne et l’installèrent à un carrefour de boyaux de communication qui traversaient le Bois Sergent au Nord du Village . Ils la trouvèrent tellement à leur goût qu’après avoir sonné les 12 coups de minuit dans la nuit de Noël, elle devint une sorte de mascotte du régiment : elle marquait les heures de départ et retour des patrouilles, des relèves des sentinelles, etc…  On édita même des cartes postales la représentant.

L’horloge fit donc la guerre en première ligne sans toutefois subir une égratignure .  La paix revenue, elle fut confiée au musée d’Altona, non loin de Hambourg .

Pendant la seconde guerre mondiale, la région fut bombardée et le musée presque entièrement détruit, mais l’horloge sortit à nouveau  indemne de l’épreuve.

L’histoire aurait pu en rester là si dans les années 1970, je n’avais fait  la connaissance d’un ancien du 31ème, le Docteur Weichhold, dont je devins l’ami . A l’issue d’une des visites qu’il me rendit, il me raconta les tribulations de cette horloge qui  avait égrené tant d’heures terribles dans les tranchées d’Autrêches .

Un groupe de vétérans, qu’il animait, la retrouva en 1978 après avoir mené une véritable enquête et sillonné les routes allemandes . Après avoir réussi à la racheter au couple qui en était devenu le dernier propriétaire, ils décidèrent solennellement de la ramener à Autrêches et de la rendre solennellement à la Commune  au terme d’une cérémonie que je pris l’initiative d’organiser le 24 juin 1979 .

Ce jour là, il y eut affluence sur la place de la Mairie abondamment décorée car les radios, les journaux avaient annoncé l’évènement . La télévision était là aussi .

En présence de l’attaché militaire de l’ambassade d’Allemagne, au milieu de la foule des curieux, se retrouvèrent des personnalités locales, journalistes et anciens combattants  (le drapeau de la section d’Autrêches était bien entendu porté par le sympathique Ernest Lefèvre).

Au discours plein d’allant et d’esprit du Docteur Weichhold parlant au nom de la délégation allemande, répondit l’allocution de Maurice Lemoine, le Maire ;  après avoir remercié les invités du jour, celui-ci évoqua avec gravité les malheurs de la guerre et émit l’espoir d’une amitié durable entre les nations jadis belligérantes.

Auparavant une gerbe avait été déposée au Monument aux Morts en mémoire des victimes des deux camps et les hymnes nationaux furent joués, puis un défilé conduit par la fanfare  de Tracy le Val, amena le cortège à la mairie en traversant Chevillecourt .

Autrêches a donc retrouvé sa pendule et la sympathique manifestation du 24 juin 1979 a revêtu une signification symbolique, au-delà des limites de la commune, créant, l’espace d’un dimanche d’été, une animation à la hauteur de cet évènement exceptionnel .

Après une escapade qui dura 65 ans, la pendule est depuis exposée dans la salle du conseil de la Mairie .

 

Les initiateurs de la restitution de la pendule : Remi Hébert (à gauche) et  Hans Weichhold (à droite )

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