Le jour où le clocher de l’église d’Autrêches fut détruit

23/1/2013

Rémi Hébert

12 Novembre 1914

Le jour où le clocher de l’église d’Autrêches fut détruit

Rappel des évènements depuis le début de la Grande Guerre :

Après la bataille des frontières, les Allemands foncent sur Paris. Le 31 août 1914, après avoir fait 40 kms dans la journée en talonnant les Ecossais du « Royal Scotch Bataillon », ils bivouaquent  à Autrêches .

Mais le 11 septembre, après la bataille de la Marne, le mouvement s’inverse et c’est au tour des Allemands de refluer précipitamment, suivis de près par les Français. Ils arrêtent leur retraite le lendemain devant Morsain, au bord du plateau au sud d’Audignicourt et de Vassens .

Huit jours plus tard c’est la grande et sanglante bataille d’Autrêches : au soir du 20 septembre l’ennemi reprend Autrêches, Chevillecourt et la ferme de Saint Victor . Dans les gigantesques carrières leurs premières lignes peuvent s’abriter . Du plateau ils ont  un avantage stratégique considérable car cette position leur offre un belvédère sur la vallée de l’Aisne. Au début de novembre le commandement français décide de les déloger . Les 44ème et 60ème régiments d’infanterie reçoivent la mission de progresser de part et d’autre de Saint Victor .

Le 12 novembre l’attaque est déclenchée à 8 heures ; de toute la ligne d’attaque, seule la gauche du 3ème bataillon du 60ème peut gagner quelque terrain mais comme sa droite ne suit pas, ceux qui restent reviennent sur les positions de départ : l’échec  est total . L’attaque est renouvelée l’après-midi, préparée par un quart d’heure de tirs d’artillerie mais encore une fois l’attaque est brisée : dans le seul 60ème, 285 combattants sont tués, blessés ou portés disparus ; parmi eux, il y eut quelques prisonniers dont l’un d’eux, Frédéric Louvrier, a laissé un écrit détaillé de cette mémorable attaque; il fut le témoin oculaire de la destruction du clocher par l’artillerie française.

Ce récit  de la journée du 12 novembre 1914 nous a été transmis son petit-fils, Charles Muckensturm. Qu’il en soit remercié une nouvelle fois !

« Avec une promptitude inespérée tout le monde s’élança, hurlant en avant ! à la baïonnette ! ce qui fût à mon avis une grande imprudence car je suis certain que, si nous étions partis sans bruit, sans crier, nous aurions surpris dans leur tranchée les Allemands en train de déjeuner avec un morceau de pain et de lard . Mais à nos cris, ils ont tout quitté et pendant qu’une partie nous tirait dessus, les autres se sauvaient de tous côtés . A notre gauche par côté se trouvait un petit bouquet de bois à la lisière de laquelle il y avait une tranchée allemande solidement abritée dans laquelle étaient braquées plusieurs mitrailleuses.

A peine avions nous fait 20 mètres, que, pris sous le feu de ces mitrailleuses, plus de la moitié des hommes de ma section tombaient comme si une même balle les eût touchés tous ensemble ; ce qui cependant n’arrêtait pas les autres, qui, affolés, continuaient leur assaut contre la tranchée à prendre .

Mais beaucoup encore restaient en route, pris sous le feu des Allemands qui n’avaient pas abandonné la tranchée et des mitrailleuses qui continuaient leur tir . Enfin ceux qui arrivaient les premiers sautaient dans la tranchée fusillant à bout portant et embrochant cruellement les nombreux Allemands qui étaient restés pour nous tirer dessus et couvrir la retraite de ceux qui se sauvaient.

Mais, de la tranchée d’avant, les Allemands s’en aperçurent et dirigèrent leur feu à l’endroit même où ils m’avaient vu bouger . J’enfilai mon fusil dans un créneau pour leur riposter et je tirai sans trop viser jusqu’au moment où je ne puis me servir de mon fusil qui s’était rempli de terre, projetée par les balles, et dont le mécanisme ne fonctionnait plus .

………….

J’avais mon sac sur le dos . Plus de 20 balles l’ont traversé . Je dis 20 pour ne pas dire davantage car je ne veux rien exagérer, toujours est-il que mon bouteillon qui était fixé sur mon sac, était criblé comme une passoire et (sur mon sac) les couvertures qui y étaient, étaient en lambeaux.

Comme je l’avais prévu, les Allemands, ne voyant plus rien bouger, allaient contre-attaquer, ce qui était facile du reste . Mais auparavant ils eurent soin de bombarder efficacement la tranchée, ce qui eut pour résultat d’achever  quelques blessés et de réduire en bouillie plusieurs morts . C’est pendant le bombardement que je fus atteint par deux shrapnels, dont un sur la main gauche et l’autre sur la jambe droite .

………..

Comme une trombe, une masse de soldats allemands arrivèrent jusqu’à la tranchée derrière laquelle j’étais . J’attrapai mon fusil de ma main gauche blessée pour pouvoir me servir de la baïonnette une dernière fois si l’occasion se présentait avant de me laisser tuer . J’espérais faire payer ma vie cher, ne comptant pas du tout être fait prisonnier après une lutte aussi acharnée dans laquelle , eux aussi, avaient beaucoup de pertes …

Le premier Allemand qui m’aperçut, (je le reconnaîtrais dans un mille) me mit en joue et ne tira pas. Il s’efforça de me faire des signes et de me parler en gesticulant, mais en vain, car je ne compris pas et restais immobile . C’est grâce à un de mes camarade que j’ignorais là, qui parlant un peu allemand, s’était déjà rendu, que je pus comprendre qu’il me disait de lâcher mon arme et de lever les bras si je voulais être fait prisonnier . Je ne pris pas le temps de réfléchir, je me rendis aussitôt ne pensant pas rester prisonnier mais être fusillé sitôt après avoir interrogé.

Des soldats allemands, ceux qui nous avaient fait prisonniers, reçurent l’ordre de nous conduire à Autrêches, ce qui n’était pas chose facile, car il y avait beaucoup de danger . Nos canons 75 et même les grosses pièces tiraient sans discontinuer sur les tranchées de défense d’Autrêches . Il fallait pour ne pas risquer d’être atteint par les obus qui tombaient épais, suivre tout le temps  la tranchée de défense qui était une tranchée joliment bien aménagée .  Là encore, j’eus à nouveau une surprise agréable . Tous les soldats avaient quelque-chose à nous offrir et nous obligeaient d’accepter ; les uns des cigares, d’autres des dragées, d’autres encore du café ou de la boisson . C’est à ne pas y croire et c’est à peine si nous osions les regarder . C’était humiliant d’accepter, étant convaincu qu’ils voulaient tout simplement nous narguer et nous braver . Mais pas du tout, ils étaient sincères car ils avaient pitié de nous, nous voyant tous blessés, les effets remplis de sang et de boue, tous malades, blancs comme des déterrés et complètement désorientés.

Enfin nous arrivons aux premières maisons d’Autrêches . Les obus tombent de plus en plus fort . Nous ne pouvons plus avancer qu’en rampant de maison en maison le long des murs pour nous engouffrer dans une grange que les obus ne peuvent atteindre à proximité du poste de secours.

CPA église vue de face

Comme dans la tranchée, les soldats nous entouraient de soins, nous offrant à manger et à fumer et nous apportant de l’eau fraîche pour boire et nous laver un peu . Mais aussitôt vinrent nous rejoindre une trentaine de soldats qui chargèrent leur fusil devant nous . Nous nous mîmes à trembler, croyant qu’ils allaient nous fusiller là . Mais ils ne s’occupèrent même pas de nous et nous repartîmes aussitôt . On fit appeler tous les blessés qui furent conduits un à un auprès des médecins qui leur firent de suite et soigneusement un premier pansement .

Les plus blessés furent conservés pour être conduits en voiture dans un hôpital et ceux qui comme moi, n’étaient que légèrement blessés, rejoignirent dans la grange ceux qui n’avaient pas de blessures du tout . Pendant environ deux heures que nous sommes restés là, les obus tombèrent comme grêle peu loin de nous, faisant tout trembler, réduisant en miettes les maisons, et c’est là que je vis le joli clocher d’Autrêches, après qu’une quantité d’obus l’eurent traversé, s’abattre avec un fracas épouvantable, les débris arrivant jusqu’à nous qui étions à cent mètres de distance »

 

égl avant et après destr (vue double) 

Le clocher de l’église est tombé !

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Visite en 1846 de l’évêque à la paroisse d’Autrêches

23/1/2013

Rémi Hébert

 

Visite en 1846 de l’ Evêque de Beauvais  à la paroisse d’Autrêches

(d’après le récit fait par le Curé de l’époque)

                        « Le vingt huit mars 1846, Monseigneur GIGNOUX , Evêque de Beauvais, mon ancien Supérieur du Séminaire, est venu visiter la paroisse d’Autrêches.

On est allé à sa rencontre en procession ; ensuite, il est monté en chaire pour faire une prédication et après qu’on eut chanté les prières d’usage, il a donné la communion à plus de 100 personnes .

Ce fût pour la paroisse une fête bien extraordinaire puisqu’il y avait plus de 60 ans qu’on n’avait pas vu d’Evêque venir dans l’église d’Autrêches .

Aussi l’a-t-on reçu avec la joie la plus vive et a-t-on écouté la plus religieuse attention des instructions remplies d’onction apostolique sur les obligations principales d’un chrétien et surtout sur la sanctification des Dimanches, sur la présence réelle et la Sainte Communion.

L’église était parée comme aux plus grands jours dans les solennités : un trône était dressé dans le sanctuaire et le chœur était tendu de draperies rouges et d’une riche broderie tout autour .

Après la cérémonie, Monseigneur est venu recevoir au presbytère . On l’a reconduit en procession et il a quitté le pays.

Les habitants ne pouvaient se lasser de le voir et de l’entendre et conserveront un long souvenir de la bonté, de la douceur et de l’onction de sa parole . Puissent-ils en profiter ! »
 

église   sept 1890

 

Ainsi selon ce récit, l’évêque a t-il été reçu en grandes pompes comme un grand pontife .
Mgr Gignoux a marqué son diocèse à la fois par la longévité de son épiscopat (1841-1878) et par son activité : 5 visites générales des paroisses, tenue de 2 synodes diocésains, 4 visites à Rome, participation au concile du Vatican, création de nombreux établissements scolaires (dont St Vincent de Senlis),….

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Un notaire à Autrêches

12 mai 2016

 

 

 

Un notaire à Autrêches

                                                                                                                                                                                       par Remi   Hébert

 

Arrière petit fils d’un chaudronnier qui avait quitté la région de Murat dans le Cantal pour venir s’implanter à Autrêches à la fin du XVIIè siècle, Jean Rigeasse naquit en 1748.

Son père se prénommait aussi Jean et exerça différents métiers dans la région. Celui-ci fut notamment  chef de cuisine chez un marquis, puis s’installa à Blérancourt où on trouve sa trace de 1756 à 1773 et où il y fut marchand puis vitrier.

Son fils hérita de son père cette aptitude à la « flexibilité professionnelle ». Instruit, opportuniste et ambitieux, il alla être une des figures qui marquèrent  la commune d’Autrêches à l’un des tournant historique de notre pays.

Géomètre, il fut tout d’abord « arpenteur de la maîtrise des eaux et forêts de Soissons » puis revint à Autrêches (avant 1780) et devint  « arpenteur et procureur fiscal de la justice de ce lieu ». Mais dès 1784, il opéra une reconversion professionnelle en réussissant à recréer une étude de notaire à Autrêches. Le précédant notaire avait en effet transféré son étude à Vic en 1692 de sorte que les habitants d’Autrêches devaient se déplacer pour traiter leurs affaires.

Grâce à ses relations et son entregent, Rigeasse put donc ouvrir une étude qu’il implanta sous l’église juste à coté du château.

La Révolution trouva en lui un ardent partisan ce qui lui permit lors du redécoupage administratif de la France qu’Autrêches soit soustrait à l’Aisne pour être rattaché à l’Oise. En effet, Rigeasse craignait la concurrence de son confrère de Vic, M° Roguin, homme actif, intelligent et populaire que le châtelain et la plupart des habitants d’Autrêches continuaient à lui préférer.

Rigeasse réussit sa manœuvre …. et de ce fait, depuis plus de deux siècles , Autrêches appartient au département de l’Oise alors que tout dans la géographie et dans l’histoire rattache Autrêches au Val d’Hozier situé intégralement dans le département voisin.

Très actif dans les instances révolutionnaires, Rigeasse est en 1792 administrateur du district de Noyon. Mais il est destitué de ses fonctions de membre du directoire de Noyon par Isoré et Collot d’Herbois le 7 septembre 1793.  Jean Rigeasse « notaire public et arpenteur » va alors résider 113 rue de Champfleury à Paris fin 1793 et fréquente les milieux montagnards . C’est dans ce contexte qu’il est amené le 26 frimaire de l’an II (début 1794) à faire une déclaration devant le commissaire de police de la section des Tuileries concernant un diner au cours duquel un dantoniste – le député Philippeaux- fut pris à partie par Vincent, secrétaire général à la guerre.

Néanmoins, l’ardent révolutionnaire veille également à ses intérêts personnels en continuant à accroître ses biens immobiliers à Autrêches. Ainsi se porte t-il acquéreur de biens nationaux de l’an III à l’an VIII : il achète le presbytère pour 2160 francs, les biens de la fabrique et ceux de l’Hotel-Dieu de Soissons pour 8550 livres (conjointement).

Il ne délaisse pas non plus les affaires municipales d’Autrêches. En qualité d’adjoint,  il signe les actes d’état-civil (an VII, VIII,…).

Jean Rigeasse exerça 27 ans le métier de notaire à Autrêches mais son étude ne parvint pas à  avoir assez de clientèle. Il signe son dernier acte le 3 septembre 1809 et concourt avec succès pour exercer à Pierrefonds où il transfère son étude. Il y succède à M° Sivé qui auparavant avait  réuni les deux études de la localité.

Ce rebond de Rigeasse sera le dernier : le 1er décembre 1810, un autre notaire M° Beaudoin, le remplace à Pierrefonds. Probablement malade, Jean Rigeasse retourne chez lui à Autrêches pour y mourir peu après, le 30 mars 1811.

Ses biens sont importants à son décès : le partage ne comporte pas moins de 80 lots évalués à 24 000 francs parmi lesquels une maison et 1ha 36a au Bout de Vaux et la maison mitoyenne du château qui servait d’étude.

Une de ses descendantes, Madame Le Pierre, fut marraine d’une cloche après la Grande Guerre et léga ses terres à ceux qui les cultivaient. Ainsi se termina à Autrêches la saga des descendants du chaudronnier venu de Haute Auvergne 2 siècles et demi auparavant.

 

 

 

Les cafés d’Autrêches

7/01/2013

Rémi Hébert

Les cafés d’Autrêches *

Au XIXème siècle, il y avait au moins un café-hôtel restaurant dans chaque village .

café égliseCafé Chevillecourt

place de l’Eglise,                                                             Chevillecourt

Restaurant l'esperance

Autrêches

Après 1918, on reconstruisit celui d’Autrêches, place de l’Eglise, celui de Chevillecourt, 26 rue du  Point du Jour et celui d’Hautebraye à l’actuel rond-point . Mais d’autres cafés étaient installés dans des maisons plus petites ou dans des constructions provisoires .

C‘est tout de suite après la Grande Guerre qu’il y eut le plus grand nombre de cafés à Artêches

A cette époque de nombreux manœuvres travaillaient à la reconstruction des bâtiments et au nivellement des terrains qui avaient été bouleversés par les ouvrages militaires (abris ou cagnas, soutes à munitions, tranchées, etc…) ou par les cratères d’obus de tous calibres . C’étaient des gens du pays ou bien des ouvriers creusois, italiens, portugais, espagnols amenés par des entreprises .

Il y eut des débits de boissons notamment aux adresses suivantes :

  • 7 rue du Beaumontoir,
  • entre les 5 et 7 rue de la Horse,
  • 1 rue des Champs,
  • au 6, 22 et 32 rue du Point du Jour,
  • 2 rue de Ponfare,
  • 7 rue du Marais .

Au fil des ans ces cafés furent tenus par de nombreuses personnes différentes . Pour certaines, il s’agissait d’un travail à plein temps pour les autres le débit était tenu par la femme que l’homme aidait le soir après le travail ; le ménage avait ainsi un appoint de revenus appréciable, du moins quand les affaires marchaient !

Souvent on y vendait de la charcuterie, de l’épicerie, des boissons en bouteille, du tabac, même du poisson . Certains exerçaient en même temps une autre activité : charron, maréchal,coiffeur…

Autre café- hôtel à Chevillecourt transformé en habitation aujourd’hui

Café hotel

Les consommations étaient peu variées : la chopine de rouge, parfois la canette de bière, souvent café et pousse-café, rarement l’apéritif . Les trois principaux cafés faisaient restaurant et dans les autres il arrivait que la patronne prépare un repas simple ou fasse réchauffer les gamelles.

Pour ouvrir un débit de boisson une licence est nécessaire . Certains ne pouvaient vendre que du vin en bouteille à emporter . L’un d’entre eux servait les assoiffés par un trou fait par un obus dans le mur.

Les divertissements étaient rares. Le soir ou le dimanche on jouait à la manille coinchée ou non . La TSF n’arriva dans les campagnes que dans les années 1930 ; on eut alors de la musique, des pièces de théâtre, des variétés, des chansonniers.

On donnait des banquets, des réunions se tenaient au café. Dans le café de la place de l’église il y avait un billard, dans celui d’Hautebraye on fit cinéma .

Le dimanche on « guinchait » au son d’un piano mécanique . Pendant la période de la reconstruction il y eut même un groupe musical constitué par les ouvriers .

Les lois contre l’ivresse étaient affichées et les patrons sérieux veillaient à ce qu’il n’y ait ni abus ni scandale ; évidemment certains abusaient de la boisson et sombraient dans l’alcoolisme (et dans le fossé où on les retrouvait couverts de rosée le lendemain matin)

Mais pour la plupart,  le café était un lieu de détente et d’amitié et les isolés appréciaient son ambiance chaude et conviviale . Après la reconstruction, le café de la place de l’église prit le nom d’hotel Bellevue. Des pensionnaires y logeaient à l’année, ou durant la saison sucrière. Parfois aussi, un voyageur y passait quelques nuits**.

Le café de Chevillecourt qui avait une pompe pour le carburant et un rayon épicerie ferma ses portes vers 1980, celui d’Autrêches une quinzaine d’années plus tard.

On ne peut que regretter la disparition des cafés à Autrêches comme partout ailleurs !

*d’après les souvenirs d’Ernest Lefevre recueillis par Louis Primaux et complétés par Rémi Hébert

**La tradition hôtelière  semble renaître aujourd’hui sous la forme de chambres d’hôtes chez  l’habitant.

SAINT-VICTOR de la carrière de pierres à la ferme

7/01/2013

par Rémi Hébert

 

SAINT-VICTOR

de la carrière à la ferme et de la ferme au centre équestre.

Nous nous sommes longtemps interrogés sur l’origine de ce lieu. Devait-on faire remonter son établissement au début du second millénaire, période de défrichement de nos plateaux et de fondation de toutes les grandes fermes de plaine ?

Sa situation sur la crête, sa configuration, les fortifications qui restaient en 1914, font penser aux fermes fortifiées du XIVème siècle, que l’Abbaye Saint-Médard de Soissons possédait aux environs (Moufflaye à Saint-Christophe ; Touvent à Moulin, Forest à Morsain).

Pourtant Saint-Victor ne figure sur aucune carte ancienne et nul document n’en fait état avant la fin du XIXème siècle … Et pour cause, car la ferme n’a été édifiée qu’à cette époque, à l’emplacement d’un moulin à vent .

Avant d’en rapporter l’histoire, rappelons que nos carrières ont commencé à être exploitées depuis la nuit des temps, mais à très petite échelle et pour les besoins locaux, compte tenu des énormes difficultés de déplacement des blocs .

saint-Victor

Viennent la révolution des transports, l’amélioration des routes, la canalisation des rivières, le chemin de fer enfin . L’élément décisif pour nos carrières fût la canalisation de l‘Aisne : les ports de Vic et dAttichy furent aménagés et la pierre partit pour les villes : Compiègne, Paris

Dans la perspective de nouveaux débouchés, François Fontaine, (né en 1820 à Dreslincourt, près de Ribécourt) s’installe en 1851 dans la carrière qui portait déjà le nom de Saint-Victor (comme l’église d’Autrêches) et entreprend de l’exploiter par les méthodes modernes .

L’exploitation est menée tambour battant et la construction de bâtiments à l’aspect féodal commence autour de l’entrée de la carrière .

Cinq ans plus tard, cette construction est presque achevée :  la « ferme » est celle que les anciens nous ont dit avoir vue ; trois domestiques y résident avec François Fontaine .

François Fontaine prend alors pour femme une jeune fille d’Autrêches âgée de 18 ans, Amélie Félicité Lefevre, de 19 ans sa cadette. Deux petites filles ne tardent pas à venir à leur foyer .

Les affaires de Fontaine continuent de se développer ; il va jusqu’à fournir des pierres pour la construction de la Gare du Nord à Paris . Fontaine fait travailler plusieurs hommes de la commune –pas seulement comme carriers d’ailleurs, puisqu’il ajoute une activité de cultivateur à son activité principale : il loge à la ferme, un contremaître de culture, deux charretiers et un palefrenier en 1866.

Vingt ans s’écoulent encore, François Fontaine est remplacé à la carrière par son gendre Martin Gustave Collignon, Maître carrier, né en 1847 dans la Meuse, tandis que sa veuve et la mère de celle-ci, Elisabeth Amory, veuve Prévost (malgré ses 71 ans) s’occupent plus particulièrement de la ferme .

En 1891 le personnel agricole n’a jamais été si nombreux : quatre charretiers, un berger, deux bouviers et un valet de cour sont logés à la ferme .

Peu après, Gustave Collignon, est élu Maire d’Autrêches et le demeure jusqu’en octobre   1907 .

Au début du siècle, il quitte Saint-Victor pour aller se fixer, Chemin du Casse-Cou, dans une grande maison au dessus du presbytère d’Autrêches.. Gustave Pamart, né en 1866 à Saint-Christophe, le remplace à Saint-Victor où la guerre viendra le déloger.

Transformée en forteresse par les Allemands, la ferme est rasée puis reconstruite telle que nous la voyons aujourd’hui à quelque distance des bâtiments primitifs, dont les fondations furent longtemps visibles dans les champs .

Après avoir été utilisée en 1939-1940 comme lieu de relégation, la ferme est devenue la propriété de nos amis de l’Hermitage qui, s’ils ne s’y livrent plus à la culture ou à l’extraction de la pierre, ont su donner à ce lieu une destination récréative et curative sous l’impulsion initiale du rayonnant docteur René Garrigues.

L’école

2/1/2013

par Rémi Hébert

L’école à Autrêches

 

La présence de maîtres d’école à Autrêches est attestée par l’état-civil dès le XVIIème siècle.

Avant la Révolution, l’enseignement est étroitement dépendant du curé et est dispensé au presbytère ou au domicile du maître . En 1794, Lakanal pose les bases du système éducatif mais il faudra attendre 1833 et la loi du protestant Guizot pour que l’Etat rende obligatoire l’instruction primaire pour les garçons et impose à toutes les communes de plus de 500 habitants de pourvoir à l’entretien des écoles et à celle des maîtres .

En 1836, à Autrêches où il y a déjà 3 classes, le traitement du maître, jusque là payé en nature par les habitants, est porté à 400 francs.

A partir de 1849, la principale préoccupation du Conseil municipal devient la construction d’une école-mairie.

Comme, on ne peut pas tout faire en même temps, on commence par doter les filles… d’une école car « elles sont plus nombreuses et pour des raisons de haute convenance » . Leur école est édifiée sur un terrain situé derrière l’église . Pour financer son coût (7.775 francs), on vend des arbres et des terrains communaux . C’est insuffisant et les embarras financiers commencent pour la commune avec un déficit de 4.432 francs.

Néanmoins, après l’ouverture de l’école des filles en 1857, il faut se doter au plus vite d’une école pour les garçons . A cet effet, le Conseil municipal autorise en 1861 l’acquisition pour 6.500 francs d’une maison située sur la place de l’église pour y établir « une maison d’école et une salle pour la mairie » . Un devis chiffre à 2.548 francs, les travaux à y réaliser.

ecole-mairie

Derrière les arbres, la mairie-école

En 1862, l’Inspecteur d’académie donne son accord et en janvier 1863, le Ministère de l’Instruction publique accorde « un secours » de 2.500 francs pour aider financièrement la commune qui devra trouver le complément soit 6.548 francs en empruntant et en imposant les quatre Autrêchois les plus aisés .

Dès lors, des générations de petits autrêchois vont apprendre à lire, écrire et compter dans les écoles de la commune qui, à partir des lois Ferry vont être laïques, gratuites et obligatoires de 6 à 13 ans .

Les écoles s’équipent peu à peu (meubles, livres, établissement d’un gymnase en 1878…) mais s’avèrent vite exiguës . Ainsi, l’Inspecteur d’Académie, déplore-t-il en 1913, que pour 50 filles inscrites, l’école ne dispose que de 42 m2…

La guerre va bientôt tout interrompre et raser les bâtiments . Les écoles ne seront reprises que fusionnées provisoirement en école mixte à partir du printemps 1919 . A la rentrée, l’école est abritée par une baraque en bois.

école baraquement

Ecole provisoire

Cela durera des années . Le temps de reconstruire en dur .

Mais à quel emplacement devait-on reconstruire l’école ? dans le hameau ? à Autrêches ? à Chevillecourt ? dans un endroit équidistant de tous les hameaux de la commune ?

Projets d’implantation de l’école et projets ultérieurs (source AD Op466)

 

Le Conseil municipal et la population vont longtemps s’affronter et même se déchirer sur le sujet . C’est Chevillecourt qui l’emportera définitivement en 1926 et l’entreprise Rabais de Compiègne est chargée de la construction de l’école qui est toujours la notre aujourd’hui.

école actuelle

La mairie et l’école vers 1955

La mairie et ses localisations successives

7/1/2013

Les localisations successives de la Mairie d’Autrêches

par  Rémi Hébert

 

Le changement de localisation de la mairie intervenu en 1983 ne fut pas le premier à Autrêches car les endroits où se tinrent les assemblées municipales varièrent au fil du temps.

 

a/ Avant la Révolution

Les affaires communales se traitaient alors dans des assemblées composées des habitants de la paroisse . Elles se tenaient à l’issue de la messe ou des vêpres devant la porte de l’église (ou dans l’église en cas de mauvais temps) . Le Syndic, tout comme le Maire aujourd’hui, convoquait l’assemblée et la présidait . Par contre il n’avait pas qualité de magistrat et ne pouvait prendre d’arrêté . Chaque habitant avait la possibilité de prendre part aux débats comme aux votes (aujourd’hui ces prérogatives sont réservées aux seuls conseillers, mais tout un chacun peut assister aux séances du Conseil Municipal).

 

b/ De la Révolution à 1914

Un édit royal de juin 1787 mit fin à ce système et créa une représentation communale préfigurant l’organisation actuelle . En dehors du Seigneur et du Curé –membre de droit- tous les autres membres étaient élus par les seuls habitants payant au moins dix livres d’impôt .

Les premières élections municipales d’Autrêches eurent lieu l’année suivante en 1788 : on pense que le précédent Syndic, Pierre QUEQUET , cultivateur du Tiolet, fut choisi (les fermiers du Tiolet étaient des notables ; certains furent inhumés à l’intérieur de l’église) .

Ce Pierre QUEQUET peut donc être considéré comme le premier Maire élu d’Autrêches : il exerça au total 14 ans les fonctions de Syndic et mourut le 19 mars 1791 à 76 ans et 7 mois précise le registre .

L’édifice reproduit ci-après était la mairie-école d’Autrêches  jusqu’en 1914 . Construit dans les années 1860, cet édifice se trouvait place de l’Eglise et était contigu à l’ancien café : il comprenait outre la salle de classe, la salle de mairie, le logement du maître d’école ; un escalier reliait le rez-de-chaussée au 1er étage ;

 

mairie-école avant 14

c/ La vie dans les ruines (1918-1928)

La Grande Guerre a à ce point éprouvé Autrêches qu’il n’est resté pierre sur pierre de la mairie . Aujourd’hui le sol goudronné et les arceaux ne laissent pas soupçonner qu’à cet endroit vide se trouvait le centre de la vie communale.

Une mairie provisoire fut édifiée en 1918 dans des baraquements, non pas à Autrêches, mais à Chevillecourt sur l’emplacement des préaux de l’actuelle école .

 

d/ De la reconstruction de la Mairie à sa désaffection (1928-1983)

Ce baraquement servit de mairie pendant 10 ans . Le projet de reconstruction buta sur le choix d’un emplacement et divisa profondément les esprits . Les projets se succédèrent.

On pensa tout d’abord à reconstruire la mairie sur le terrain en contrebas de l’église, se trouve bordé par les rues Train et de la Horse, sur lequel était édifié avant la guerre la maison Le Pierre* . Il avait cependant contre lui d’être trop accidenté et en terrasse, sans parler de l’opposition des habitants de Chevillecourt.

En 1922, pour tenter de faire plaisir à tout le monde (en n’arrangeant personne) on envisagea un lieu qui serait équidistant d’Autrêches, Chevillecourt et Hautebraye, en plein champs, au lieu dit « La Folie » . L’inconvénient de cette Folie était que le terrain était littéralement bouleversé ; les sondages aboutirent au rejet du projet

Un an plus tard, la reconstruction sur l’emplacement d’avant guerre fut envisagé ; l’opposition catégorique des habitants de Chevillecourt fit avorter le projet .

En dépit de l’opposition farouche des habitants d’Autrêches, le projet définitif à Chevillecourt fut adopté en 1926 par la majorité du Conseil.

*Terrain récemment aplani et engazonné par la municipalité .

Le terrain retenu était un terrain de culture ( pas de travaux de déblaiement donc) ; l’absence de dénivellation permettait une économie de  60.000 Francs sur un devis de 367.308 Francs.

Le financement fut assuré par des dommages de guerre . L’entreprise REBAIS de Compiègne emporta le marché ; les matériaux vinrent de Pont l’Evêque pour la brique, de Vassens pour la pierre ; les travaux commencèrent en octobre 1927 pour se terminer en juillet 1928 et furent l’œuvre d’une quinzaine d’ouvriers originaires d’Autrêches pour la plupart .

L’inauguration eut lieu le 11 novembre 1928 par le Maire de l’époque Monsieur NOCQ, en présence des autorités locales dont le préfet de l’Oise et de l’Inspecteur d’Académie.

Mairie 1928

Après 55 ans de bons et loyaux services, la mairie a traversé la rue et s’est installée   dans des locaux fonctionnels à la satisfaction générale.

mairie aujourd'hui