Le rattachement d’Autrêches au département de l’Oise

7/1/2013

Le rattachement d’Autrêches au département de l’Oise

par Rémi Hébert

 

Repérer Autrêches sur n’importe quelle carte régionale est un jeu d’enfant, tant le territoire forme un véritable coin  de l’Oise dans l’Aisne.

Comment expliquer cet enclavement bizarre ? Comment expliquer qu’Autrêches, qui constitue avec le reste des communes du Val d’Hozier (Vic, Saint-Christophe, Morsain,…) une entité géographique, économique, historique et humaine, ait vu son sort dissocié de ses voisines du département de l’Aisne .

L’explication de cette énigme est à rechercher au début de la Révolution car c’est alors que fut décidé un nouveau découpage administratif de la France  se substituant à l’ancien .

Mais, il fut alors plus facile d’abolir ce qui existait que de se mettre d’accord sur la délimitation des nouvelles circonscriptions administratives .

 

Les différents projets successifs :

Deux députés, dont le fameux Abbé Sieyes, proposèrent la division du pays en carrés de 18 lieues de côté à partir de Paris . L’idée dut paraître un peu folle et resta sans suite . La France de 1789 n’était pas le Middle West …

Le premier projet concret date du 29 septembre 1789 . Il intégrait Autrêches dans le département du « Vermandois et du Soissonnais » : ce département avait les limites actuelles du département de l’Aisne au nord et à l’est ; par contre, ses limites étaient déterminées au sud par une ligne droite allant de Fismes à Verberie (qui passait donc entre Soissons et Villers-Cotterêts) et à l’ouest par une ligne droite de Verberie à Vermand . Ce découpage déplut aux Soissonnais car ceux-ci voulaient que leur ville soit le chef lieu du nouveau département.

Or, dans ce premier projet, Laon la ville rivale de Soissons occupait une place centrale ce qui lui donnait un atout pour revendiquer la Préfecture . Soissons obtint la prolongation du département au sud jusqu’au delà de la Marne (projets du 10/12/1789), ce qui accroissait ses chances au détriment de Laon .

 

 

Mais, en contrepartie de ces gains territoriaux, il fallut abandonner du territoire à l’ouest notamment les villes de Ham au profit de la Somme, de Compiègne et de Noyon au profit de l’Oise et il fut décidé de faire passer la limite occidentale du département de l’Aisne quelque part du côté d’Attichy.

C’est à ce moment que les différentes communes firent connaître leur souhait unanime : Attichy comme Vic et Ressons-Le-Long réclamèrent par des délibérations expresses leur union au département de l’Oise.

Les choses devaient être fixées définitivement le 1er février 1790.

Ce jour là, une carte est en effet publiée, dans laquelle Attichy et Vic font partie du département de l’Oise et Autrêches et Ressons de celui de l’Aisne.

Mais un véritable coup de théâtre intervint 18 jours plus tard, l’Aisne et l’Oise s’échangèrent le 18 février 1790 ; Vic contre Autrêches !

 

Que s’est-il passé ?

La vérité n’est pas encore établie avec certitude et nous sommes réduits à deux hypothèses :

La première a été formulée par Emile Gaillard (éminent historien local au début du XXème siècle) : selon lui, le notaire Jean Rigeasse, qui venait d’ouvrir une étude à Autrêches, souffrait de la concurrence que lui faisant le notaire de Vic (que lui préféraient le Seigneur ainsi que la majeure partie des habitants d’Autrêches) ; aussi Rigeasse, personnage en vue, usa de toute son influence pour que Vic et Autrêches ne se trouvassent pas dans le même département (ressort judiciaire différent) et qu’Autrêches fut rattachée au canton d’Attichy.

La deuxième hypothèse tient à la rivalité entre Vic et Attichy . Les deux bourgades distantes de 8 kilomètres prétendaient toutes les deux être chef-lieu de canton . Il fallut donc choisir .

Vic pouvait arguer de raisons historiques, mais sa population était tombée à 300 habitants ce qui ne lui donnait guère de chance face aux 900 habitants d’Attichy (Autrêches comptait 800 habitants) .

Comme entre Vic et Soissons n’existait aucun bourg susceptible de s’opposer à leur prétention de faire de leur bourgade un chef-lieu de canton, les Vicois choisirent d’habiter un chef-lieu de canton dans l’Aisne plutôt qu’une commune d’un canton de l’Oise .

Le tracé du 1er février 1790 fut donc rectifié et Vic quitta l’Oise pour l’Aisne ; mais comme il fallait compenser cette perte territoriale pour le département de l’Oise, Autrêches fut incorporée à celui-ci à titre de compensation.

 

A notre sens, les deux hypothèses se complètent plus qu’elles ne se contredisent car en fait, les intérêts de Vic, ceux d’Attichy et ceux du notaire d’Autrêches convergeaient vers la solution adoptée .

Il est donc certain que l’on a, à l’époque, considéré qu’Autrêches et Vic ne devaient pas appartenir au même département et la solution retenue fut le fruit d’un âpre marchandage .

Un marchandage datant du 18 février 1790 mais dont les effets subsistent encore …

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