Soldats de la Révolution et de l’Empire nés à Autrêches

 

Soldats de la Révolution et de l’Empire
nés à Autrêches

Le souvenir des soldats d’Autrêches morts au cours des conflits antérieurs à la guerre de 1870 est totalement estompé et leur nom n’est inscrit sur aucun monument. Aussi, me parait-il opportun de rappeler ici l’existence des 10 enfants de la commune morts au cours Tables décennales et de la période de guerres incessantes de la Révolution à la chute de l’empire. Il s’agit de :
• Jean-Louis Linehatte, fusilier à la 7è compagnie du 36è régiment, mort à l’hôpital de Mantes (78), l’an II ;
• Victor Vaillant, fusilier à la 1ère compagnie du 1er bataillon du 17è régiment, mort à 23 ans à l’hôpital d’Ostende (Belgique), l’an XII ;
• Pierre Chandelier, brigadier à la 7è compagnie du 3è escadron, mort à 29 ans, à l’hôpital de Verdun à la suite d’une phtisie pulmonaire, l’an XIII ;
• Louis-Maurice Tricot, fusilier à la 5è compagnie du 3è bataillon du 43è régiment d’infanterie légère, mort en 1807 à l’hôpital d’Ardre ;
• Antoine Louis Desplanches, fusilier à la 3è compagnie du 2è bataillon du 75è régiment, mort de ses blessures à l’hôpital d’Annel le 1er août 1809 ;
• Claude-Philippe Cerf, chasseur au 5è régiment d’infanterie légère, tué à la bataille de Wagram le 6 juillet 1809. Il avait remplacé, moyennant finances, le nommé Pierre-François Dafey ;
• Charles Cerf, dragon au 5è régiment, cantonné à Compiègne , à 20 ans ;
• Alexis Cerf, sergent à la 18è compagnie du 8è régiment du corps impérial d’artillerie, mort à l’hôpital de Vienne (Autriche) le 10 aout 1809, après avoir eu la cuisse emportée par un boulet à la bataille de Wagram le 6 juillet 1809 ;
• Pierre-Crépin Farget, fusilier la 2è compagnie du 5è bataillon du 82è régiment de ligne, mort à l’hôpital d’Auffredi de La Rochelle (17) , à 19 ans ;
• Antoine Mélaye, grenadier à cheval, 3è compagnie, mort à l’hôpital de la Garde impériale, à 35 ans.

Cette liste nominative montre bien à quel point les innombrables campagnes napoléoniennes furent meurtrières.
D’autres natifs d’Autrêches eurent davantage de chance et revinrent de leurs campagnes. Certains couverts de lauriers en reconnaissance de leur courage. Ce fut le cas de 3 grognards qui reçurent la Légion d’honneur. Il s’agit de :
• Pierre-André Chandelier, né le 25 mars 1773 à Autrêches. Fils d’un tailleur d’habits, Chandelier vivra 13 ans sous l’uniforme ce qui le mènera en Egypte et en Italie avec le 9è de ligne qu’il quittera avec le modeste grade de caporal. Vivant de sa petite pension chez lui à Autrêches, la Légion d’honneur lui fut décernée le 26 mai 1851 à 78 ans et peu avant sa mort ;

 

Document officialisant le remplacement de Victor Chandelier par un suppléant payé par lui.

chandelier

• Louis Jacquelin, né le 3 mai 1768 à Autrêches. Fils de manœuvrier, il fut incorporé au 2è régiment de dragons le 18 septembre 1793. Zélé et d’une grande bravoure, il y gravit rapidement les échelons hiérarchiques. De toutes les campagnes, il termine par celles d’Allemagne en 1808 et d’Espagne en 1809. Nommé sous-lieutenant le 7 novembre 1806, il est grièvement blessé à la bataille d’Iéna et au combat de Heilsberg où il plusieurs coups de sabre ce qui déclenche une fièvre aigüe. Il doit quitter l’armée compte tenu de la perte d’une partie de sa vue. Cela ne l’empêche pas de commencer une seconde carrière dans les douanes dans lesquelles il termine capitaine à Noirmoutier fin 1816. Il se retire à Autrêches et y décède peu après le 6 décembre 1819.

Il faut croire que les états de service de Jacquelin étaient particulièrement brillants puisqu’il fut dans les tout premiers à être décoré de la Légion d’honneur (5 novembre 1804) c’est-à-dire peu après la création de cette décoration ;

• Et de Joseph Leclerc (ou Le Clerc), né le 20 juin 1772 à Autrêches. Fils d’un manouvrier d’Hautebraye, il est incorporé le 26 pluviôse an II comme chasseur et participe à toutes les campagnes. Il participe aux batailles d’Austerlitz, d’Ulm, d’Iéna, d’Auerstedt, d’Eylau de Friedland d’Eckmühl, d’Essling, de Wagram, de Ratisbonne, d’Hohenlinden, à toutes les batailles de la campagne de Russie et de France. Grenadier à cheval de la Garde impériale, il termine sa vie militaire à Waterloo et quitte l’armée après plus de 21 ans sous l’uniforme. et après avoir reçu la Légion d’honneur le 16 août 1813.

Sources : Etat-civil d’Autrêches (relevé Nocq) et tables décennales ; base léonore.

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Les enrolements des volontaires sous la Révolution pour défendre la Patrie en danger

RH                                                                

31/12/13

Les enrôlements des volontaires sous la Révolution

pour défendre la Patrie en danger

 De l’histoire de la Révolution apprise en classe, il reste chez chacun de nous le souvenir des soldats de l’AN II immortalisés par Victor HUGO ; le souvenir de cette armée de va-nu-pieds révolutionnaires, mal équipés, peu entraînés, manquant de tout, mais n’ayant qu’une pensée : sauver la Révolution et le pays ; combattant contre l’ennemi intérieur et toute l’Europe coalisée .

Dans notre région, comme ailleurs, les exemples d’enthousiasme ne manquent pas . Ce sont ceux là que l’on a retenus, mais l’élan n’est pas unanime et les conscrits se font parfois prier pour partir défendre la Patrie .

L’ardeur est grande en 1791 lors des premiers enrôlements volontaires et le cas de Pierre Delamarre n’est pas isolé : il s’enrôle avec quatre de ses fils « regrettant que les deux autres soient trop jeunes pour servir la Patrie » .

Peu après, la Patrie est proclamée « en danger très imminent » par l’Assemblée Nationale .Les Autrichiens sont sous les murs de Verdun et de Lille ; Paris et le Nord du pays sont très menacés .

A Compiègne 120 volontaires s’enrôlent . Le District de Noyon, dont dépend Autrêches, fournit 300 hommes ; les registres d’enrôlement se couvrent de signatures . Sur l’un d’eux on peut lire « J’ai deux fils .Un seul peut servir la Patrie . Je le donne » !

Les offrandes s’accumulent : un citoyen fait remettre sa montre ; un autre envoie ses deux chevaux et offre 1.200 livres . Autrêches participe à la confection des équipements, des piques, des souliers …

En 1793 tous les Français de 18 à 40 ans, célibataires ou veufs, sont mis en état de réquisition permanent et chaque ville ou village doit fournir un contingent de soldats (il est prévu que si le nombre de volontaires est insuffisant, le complément sera trouvé par tirage au sort ).

La répartition village par village est fixée d’une manière précise mais à priori inégalitaire .

Ainsi, Autrêches doit fournir 10 volontaires alors qu’aucun n’est exigé d’Attichy . Comment l’expliquer ? Tout simplement par la différence dans le nombre de volontaires déjà fourni antérieurement, ce qui amène les autorités à compenser les effets de ce moindre zèle : 14 en 1791 et 1792 à Autrêches (944 habitants) alors qu’Attichy (avec une population moindre (857 habitants) a eu 23 engagements .

Autrêches ne se trouve pas seul dans ce cas . Saint-Christophe doit fournir 6 recrues : devant l’absence totale de volontaires, l’on rassemble tous les garçons et on les fait tirer un bulletin dans un chapeau. Tous les bulletins sont blancs  sauf 6 qui portent la mention « soldat » . C’est ainsi que sont désignés les volontaires …

Au moment de partir, seuls 4 se présentent : on fait sonner la cloche plusieurs fois de suite pour inciter les récalcitrants à se présenter : en vain !

Après trois jours de discussions « persuasives », la municipalité trouve 2 autres jeunes gens acceptant de se joindre aux 4 premiers . Le compte est enfin bon !

Deux mois plus tard, il faut fournir encore 2 autres soldats : l’un est trouvé rapidement en lui payant 175 livres, quant au second il fait monter les enchères à 200 livres, que la municipalité finit par lui accorder .

Même chose à VIC, où 3 des enrôlés par tirage au sort se dérobent : deux d’entre eux, les citoyens Callet et Maupré –charretiers de leur état- vont se réfugier à Autrêches où on les laisse tranquille . On les remplace là aussi par 2 autres ; quant au 3ème –le citoyen Vaillant- il est traité avec moins de clémence puisqu’on le ramène entre deux gendarmes de Bitry, où il s’était retiré .

Ainsi l’histoire locale permet-elle de vérifier, mais aussi de nuancer l’histoire officielle . Le zèle et la ferveur révolutionnaire furent spontanés dans beaucoup d’endroits, mais eurent à être stimuler à Autrêches et aux alentours .

 

 

Visite en 1846 de l’évêque à la paroisse d’Autrêches

23/1/2013

Rémi Hébert

 

Visite en 1846 de l’ Evêque de Beauvais  à la paroisse d’Autrêches

(d’après le récit fait par le Curé de l’époque)

                        « Le vingt huit mars 1846, Monseigneur GIGNOUX , Evêque de Beauvais, mon ancien Supérieur du Séminaire, est venu visiter la paroisse d’Autrêches.

On est allé à sa rencontre en procession ; ensuite, il est monté en chaire pour faire une prédication et après qu’on eut chanté les prières d’usage, il a donné la communion à plus de 100 personnes .

Ce fût pour la paroisse une fête bien extraordinaire puisqu’il y avait plus de 60 ans qu’on n’avait pas vu d’Evêque venir dans l’église d’Autrêches .

Aussi l’a-t-on reçu avec la joie la plus vive et a-t-on écouté la plus religieuse attention des instructions remplies d’onction apostolique sur les obligations principales d’un chrétien et surtout sur la sanctification des Dimanches, sur la présence réelle et la Sainte Communion.

L’église était parée comme aux plus grands jours dans les solennités : un trône était dressé dans le sanctuaire et le chœur était tendu de draperies rouges et d’une riche broderie tout autour .

Après la cérémonie, Monseigneur est venu recevoir au presbytère . On l’a reconduit en procession et il a quitté le pays.

Les habitants ne pouvaient se lasser de le voir et de l’entendre et conserveront un long souvenir de la bonté, de la douceur et de l’onction de sa parole . Puissent-ils en profiter ! »
 

église   sept 1890

 

Ainsi selon ce récit, l’évêque a t-il été reçu en grandes pompes comme un grand pontife .
Mgr Gignoux a marqué son diocèse à la fois par la longévité de son épiscopat (1841-1878) et par son activité : 5 visites générales des paroisses, tenue de 2 synodes diocésains, 4 visites à Rome, participation au concile du Vatican, création de nombreux établissements scolaires (dont St Vincent de Senlis),….

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Le rattachement d’Autrêches au département de l’Oise

7/1/2013

Le rattachement d’Autrêches au département de l’Oise

par Rémi Hébert

 

Repérer Autrêches sur n’importe quelle carte régionale est un jeu d’enfant, tant le territoire forme un véritable coin  de l’Oise dans l’Aisne.

Comment expliquer cet enclavement bizarre ? Comment expliquer qu’Autrêches, qui constitue avec le reste des communes du Val d’Hozier (Vic, Saint-Christophe, Morsain,…) une entité géographique, économique, historique et humaine, ait vu son sort dissocié de ses voisines du département de l’Aisne .

L’explication de cette énigme est à rechercher au début de la Révolution car c’est alors que fut décidé un nouveau découpage administratif de la France  se substituant à l’ancien .

Mais, il fut alors plus facile d’abolir ce qui existait que de se mettre d’accord sur la délimitation des nouvelles circonscriptions administratives .

 

Les différents projets successifs :

Deux députés, dont le fameux Abbé Sieyes, proposèrent la division du pays en carrés de 18 lieues de côté à partir de Paris . L’idée dut paraître un peu folle et resta sans suite . La France de 1789 n’était pas le Middle West …

Le premier projet concret date du 29 septembre 1789 . Il intégrait Autrêches dans le département du « Vermandois et du Soissonnais » : ce département avait les limites actuelles du département de l’Aisne au nord et à l’est ; par contre, ses limites étaient déterminées au sud par une ligne droite allant de Fismes à Verberie (qui passait donc entre Soissons et Villers-Cotterêts) et à l’ouest par une ligne droite de Verberie à Vermand . Ce découpage déplut aux Soissonnais car ceux-ci voulaient que leur ville soit le chef lieu du nouveau département.

Or, dans ce premier projet, Laon la ville rivale de Soissons occupait une place centrale ce qui lui donnait un atout pour revendiquer la Préfecture . Soissons obtint la prolongation du département au sud jusqu’au delà de la Marne (projets du 10/12/1789), ce qui accroissait ses chances au détriment de Laon .

 

 

Mais, en contrepartie de ces gains territoriaux, il fallut abandonner du territoire à l’ouest notamment les villes de Ham au profit de la Somme, de Compiègne et de Noyon au profit de l’Oise et il fut décidé de faire passer la limite occidentale du département de l’Aisne quelque part du côté d’Attichy.

C’est à ce moment que les différentes communes firent connaître leur souhait unanime : Attichy comme Vic et Ressons-Le-Long réclamèrent par des délibérations expresses leur union au département de l’Oise.

Les choses devaient être fixées définitivement le 1er février 1790.

Ce jour là, une carte est en effet publiée, dans laquelle Attichy et Vic font partie du département de l’Oise et Autrêches et Ressons de celui de l’Aisne.

Mais un véritable coup de théâtre intervint 18 jours plus tard, l’Aisne et l’Oise s’échangèrent le 18 février 1790 ; Vic contre Autrêches !

 

Que s’est-il passé ?

La vérité n’est pas encore établie avec certitude et nous sommes réduits à deux hypothèses :

La première a été formulée par Emile Gaillard (éminent historien local au début du XXème siècle) : selon lui, le notaire Jean Rigeasse, qui venait d’ouvrir une étude à Autrêches, souffrait de la concurrence que lui faisant le notaire de Vic (que lui préféraient le Seigneur ainsi que la majeure partie des habitants d’Autrêches) ; aussi Rigeasse, personnage en vue, usa de toute son influence pour que Vic et Autrêches ne se trouvassent pas dans le même département (ressort judiciaire différent) et qu’Autrêches fut rattachée au canton d’Attichy.

La deuxième hypothèse tient à la rivalité entre Vic et Attichy . Les deux bourgades distantes de 8 kilomètres prétendaient toutes les deux être chef-lieu de canton . Il fallut donc choisir .

Vic pouvait arguer de raisons historiques, mais sa population était tombée à 300 habitants ce qui ne lui donnait guère de chance face aux 900 habitants d’Attichy (Autrêches comptait 800 habitants) .

Comme entre Vic et Soissons n’existait aucun bourg susceptible de s’opposer à leur prétention de faire de leur bourgade un chef-lieu de canton, les Vicois choisirent d’habiter un chef-lieu de canton dans l’Aisne plutôt qu’une commune d’un canton de l’Oise .

Le tracé du 1er février 1790 fut donc rectifié et Vic quitta l’Oise pour l’Aisne ; mais comme il fallait compenser cette perte territoriale pour le département de l’Oise, Autrêches fut incorporée à celui-ci à titre de compensation.

 

A notre sens, les deux hypothèses se complètent plus qu’elles ne se contredisent car en fait, les intérêts de Vic, ceux d’Attichy et ceux du notaire d’Autrêches convergeaient vers la solution adoptée .

Il est donc certain que l’on a, à l’époque, considéré qu’Autrêches et Vic ne devaient pas appartenir au même département et la solution retenue fut le fruit d’un âpre marchandage .

Un marchandage datant du 18 février 1790 mais dont les effets subsistent encore …

La 1ère école laïque du canton

13/3/2012

par Remi Hébert

La première école laïque du canton

La Convention proclama, bien avant Jules Ferry, le principe de l’école primaire gratuite, laïque et obligatoire, idée véritablement révolutionnaire pour l’époque jusqu’alors, en effet :

  • Les parents payaient au maître un écolage en nature (blé ou autre denrée) et en espèces (4 sols pour les débutants pour lire, 8 pour écrire).
  • Le maître dépendait étroitement du curé de la paroisse : aussi n’était-il pas rare  qu’il soit chargé de sonner l’Angélus et de porter l’eau bénite dans les maisons tous les dimanches .
  • Les classes n’étaient assidûment fréquentées que l’hiver.

Mais l’argent manqua pour appliquer la réforme : aussi le 15 Ventôse de la troisième année républicaine décida-t-on de créer une école publique pour tout le canton d’Attichy . Bitry, Gorges les Bitry (Saint-Pierre) furent choisis du fait de leur position au centre du canton pour y implanter cette école . En dépit d’une réclamation d’Autrêches en date du 12 Prairial de la même année (1er juin 1795), le choix de Bitry fut maintenu .

Aucune candidature ne s’étant présentée, le « Jury d’instruction des instituteurs » après lui avoir fait subir un examen portant sur la lecture, l’écriture et les calculs simples, nomma Louis Lépine, premier instituteur public du canton ; les bâtiments et jardins dépendant du presbytère furent mis à sa disposition .

Pour tenir compte des longues distances à parcourir (à pied) pour se rendre des différentes communes à Bitry, l’école ne commençait qu’à dix heures et se terminait à 14 heures . Le congé avait lieu chaque décadi (il y avait 3 décadis par mois) et le dimanche était un jour de travail comme les autres.

Mais les choses ne durèrent pas, car l’année suivante, les élèves du canton n’eurent plus à aller s’instruire à Bitry et… le vieux Gervais Marteau, qui depuis 1751 enseignait à Autrêches dans une vieille et sombre chaumière qui servait d’école, y reprit du service

Il était une fois, un Comte…..

03/04/2012

par Remi  Hébert

Il était une fois, un Comte…..

Il était une fois, un Comte nommé Marie-Pierre Arthur de LUPEL qui habitait son château d’Autrêches quand il ne séjournait pas en son hôtel particulier de l’avenue Montaigne à Paris.

Riche et puissant, il était néanmoins attentif au sort des malheureux, ne négligeant aucune occasion de soulager la misère.

En digne fils de son père – Directeur des haras royaux – il ne souffrait pas que l’on maltraitât les animaux et tout particulièrement les chevaux.

Célibataire endurci, le comte n’avait qu’une passion : la chasse. Cette passion allait lui être fatale puisqu’il expira le 17 juin 1867 des suites d’un accident alors qu’il chassait en forêt de Compiègne avec la cour impériale.  L’émotion et la tristesse furent générales .

Quelques mois avant de mourir, le comte avait rédigé un testament chez Maître Cavé, notaire à Attichy, par lequel il instituait au profit des 46 communes des cantons d’Attichy, de Vic et Vassens :

■ une rente annuelle et perpétuelle de 2.000 francs . Cette rente devait être distribuée avec équité, « aux blessés, estropiés, invalides, indigents ou incendiés sans assurance » .

■ un prix annuel et perpétuel de 100 francs destiné à récompenser la personne « qui donnerait la preuve du meilleur coeur en soignant, nourrissant et conduisant les chevaux ».

Les 47 communes bénéficiaires de cette ultime générosité exprimèrent leur reconnaissance ; la mémoire du comte fut vénérée avec effusion . A Vic, par exemple, on fit dire une messe pour le repos de l’âme du comte d’Autrêches.

Mais, le défunt comte avait deux frères qui, furieux de voir une partie de l’héritage leur échapper, contestèrent la validité du testament . Que leur frère préférât les pauvres et les animaux à sa noble famille n’était-ce pas la preuve de sa démence ?

Les 47 maires  patientèrent six ans jusqu’à ce que, perdant tout espoir d’arrangement amiable, ils décident de demander à la justice de rétablir leurs droits .

Le Tribunal de Compiègne leur donna raison, mais les deux frères s’obstinèrent en faisant appel.  Peine perdue , car le 28 février 1876 la Cour d’Appel d’Amiens confirma la validité du  testament.

Les perdants firent mine d’accepter une décision qu’ils ne pouvaient plus contester juridiquement, mais bloquèrent toujours la situation de sorte que, seize ans après la mort du comte, les pauvres et les amis des animaux n’avaient toujours rien reçu .

Pour vaincre la mauvaise volonté des deux frères il ne fallut pas moins d’un arrêté des Préfets de l’Oise et de l’Aisne en juin 1883 : le coup fut si dur pour Marie-Alexis-Edouard, le frère aîné,  qu’il en rendit l’âme en son château du Périgord ; un accord put être trouvé avec ses héritiers en mai 1887 .

Entre temps, la zizanie s’était installée entre les communes car les plus peuplées voulaient être mieux traitées que les autres, arguant qu’elles avaient davantage de miséreux à secourir. De plus, un différend apparut entre les municipalités et leur avocat qui entendait recevoir 50 F de chacune des 47 communes avant de restituer les pièces du dossier.

Il fallut encore du temps pour aplanir ces difficultés .

Toutes ces péripéties avaient mis les communes dans une situation délicate . Après plus de 20 ans de procédures, les frais s’accumulaient alors qu’aucune recette n’avait encore été perçue : à titre d’exemple, Autrêches avait réglé 1.200 F pour obtenir les grosses des jugements, sans compter les frais de prise d’hypothèques et autres . Aussi lorsque les héritiers de Marie-Alexis-Edouard payèrent leur dette en 1887, il ne restait plus que 36,37 F pour le bureau de bienfaisance et 3,53 F pour la commune !

Cependant le frère survivant, Marie-Pierre Eugène, châtelain d’Autrêches depuis la mort de son frère, continuait à résister obstinément et il fallut procéder à une saisie-arrêt sur ses biens pour régler définitivement la question .

Ainsi, ce n’est qu’en 1891, soit 24 ans après l’ouverture du testament, que les fonds purent commencer à être distribués à leurs destinataires conformément aux généreuses intentions du bon comte d’Autrêches.

Cela ne représentait plus grand-chose !!!

L’inscription, ci-dessous, que l’on peut voir en bonne place d’un bâtiment

* * *

appartenant à Monsieur et Madame Régis Blatrier de Bonval témoigne aujourd’hui encore de l’adhésion que rencontra le souci de bien traiter les animaux .

Le legs de Lupel

Il était une fois, un Comte nommé Marie-Pierre Arthur de LUPEL qui habitait son château d’Autrêches quand il ne séjournait pas en son hôtel particulier de l’avenue Montaigne à Paris.

Riche et puissant, il était néanmoins attentif au sort des malheureux, ne négligeant aucune occasion de soulager la misère.

En digne fils de son père – Directeur des haras royaux – il ne souffrait pas que l’on maltraitât les animaux et tout particulièrement les chevaux.

Célibataire endurci, le comte n’avait qu’une passion : la chasse. Cette passion allait lui être fatale puisqu’il expira le 17 juin 1867 des suites d’un accident alors qu’il chassait en forêt de Compiègne avec la cour impériale.  L’émotion et la tristesse furent générales .

Quelques mois avant de mourir, le comte avait rédigé un testament chez Maître Cavé, notaire à Attichy, par lequel il instituait au profit des 46 communes des cantons d’Attichy, de Vic et Vassens :

une rente annuelle et perpétuelle de 2.000 francs . Cette rente devait être distribuée avec équité, « aux blessés, estropiés, invalides, indigents ou incendiés sans assurance » .

un prix annuel et perpétuel de 100 francs destiné à récompenser la personne « qui donnerait la preuve du meilleur coeur en soignant, nourrissant et conduisant les chevaux ».

Les 47 communes bénéficiaires de cette ultime générosité exprimèrent leur reconnaissance; la mémoire du comte fut vénérée avec effusion . A Vic, par exemple, on fit dire une messe pour le repos de l’âme du comte d’Autrêches.

Mais hélas, le défunt comte avait deux frères qui, furieux de voir une partie de l’héritage leur échapper, contestèrent la validité du testament . Que leur frère préférât les pauvres et les animaux à sa noble famille n’était-ce pas la preuve de sa démence ?

Les 47 maires  patientèrent six ans jusqu’à ce que, perdant tout espoir d’arrangement amiable, ils décident de demander à la justice de rétablir leurs droits .

Le Tribunal de Compiègne leur donna raison, mais les deux frères s’obstinèrent en faisant appel.  Peine perdue  car le 28 février 1876, la Cour d’Appel d’Amiens confirma la validité du testament.

Les perdants firent mine d’accepter une décision qu’ils ne pouvaient plus contester juridiquement, mais bloquèrent toujours la situation de sorte que, seize ans après la mort du comte, les pauvres et les amis des animaux n’avaient toujours rien reçu .

Pour vaincre la mauvaise volonté des deux frères il ne fallut pas moins d’un arrêté des Préfets de l’Oise et de l’Aisne en juin 1883. Le coup fut si dur pour Marie-Alexis-Edouard, le frère aîné, qu’il en rendit l’âme en son château du Périgord . Un accord put être trouvé avec ses héritiers en mai 1887 .

Cependant, entre temps, la zizanie s’était installée entre les communes car les plus peuplées voulaient être mieux traitées que les autres, arguant qu’elles avaient davantage de miséreux à secourir. De plus, un différend apparut entre les municipalités et leur avocat qui entendait recevoir 50 F de chacune des 47 communes avant de restituer les pièces du dossier.

Il fallut encore du temps pour aplanir ces difficultés .

Toutes ces péripéties avaient mis les communes dans une situation délicate . Après plus de 20 ans de procédures, les frais s’accumulaient alors qu’aucune recette n’avait encore été perçue. A titre d’exemple, Autrêches avait réglé 1.200 F pour obtenir les grosses des jugements, sans compter les frais de prise d’hypothèques et autres . Aussi lorsque les héritiers de Marie-Alexis-Edouard payèrent leur dette en 1887, il ne restait plus que 36,37 F pour le bureau de bienfaisance et 3,53 F pour la commune !

Cependant le frère survivant, Marie-Pierre Eugène, châtelain d’Autrêches depuis la mort de son frère, continuait à résister obstinément et il fallut procéder à une saisie-arrêt sur ses biens pour régler définitivement la question .

Aussi ce n’est qu’en 1891, soit 24 ans après l’ouverture du testament que les fonds purent commencer à être distribués à leurs destinataires conformément aux généreuses intentions du bon comte d’Autrêches.

Hélas cela ne représentait plus grand-chose !!!  Néanmoins, le prix continua d’être décerné au moins jusqu’à la fin des années 20.

L’inscription, ci-dessous, que l’on peut voir en bonne place sur un bâtiment de la ferme de Bonval

appartenant à M. Régis Blatrier témoigne aujourd’hui encore que ses ascendants partagaient avec le comte d’Autrêches le même souci de bien traiter les animaux.

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