Les pillages à Autrêches et à Sacy au xviiè siècle

                                                                       30/12/2013

 

 

Pillages à Autrêches et à Sacy

 

 

 

Guerres et invasions étrangères n’épargnèrent pas Autrêches non seulement au XXème siècle mais aussi aux siècles précédents . Ainsi on vit passer dans le village les hussards prussiens en septembre 1870 et en mars 1814 les cosaques du Major Comte de Witt, qui y firent étape et dont les feux de bivouac se voyaient très loin à la ronde.

 

Mais les guerres civiles causèrent également de grands troubles dans notre région . Ainsi au milieu du XVIIème siècle, seigneurs frondeurs et troupes fidèles au Roi s’affrontèrent durant des années.

 

Jean Colas Commelin, l’un des dix gentilshommes de la Maison du Roi raconta le pillage d’Autrêches en Soissonnais » par les soldats du Régiment de Picardie en décembre 1653 ; ses parents ne durent alors leur salut qu’à une fuite précipitée, revêtus de leur seule chemise .

 

Deux ans plus tard ce fut au tour de Sacy d’être ravagé : Sacy, dont les habitants, soucieux de préserver leurs biens les plus précieux, les avaient mis en sécurité –tout au moins le pensaient-ils- dans la demeure de Jean Péchenart . Péchenart était en effet un homme de guerre servant comme lieutenant au Régiment du Comte de Lambeth, lequel avait épousé la cause des princes frondeurs .

 

Leur calcul s’avéra mauvais ; en effet 500 à 600 cavaliers des armées du Roi, commandés par les Maréchaux de Turenne et de La Ferté vinrent au hameau qu’ils pillèrent tant et plus s’écharnant tout particulièrement sur la demeure de Péchenart .

 

Cette véritable razzia terminée, les soldats du roi s’en prirent aux habitants qu’ils dépouillèrent et contraignirent à abandonner leurs maisons « nus et en chemises » pour se réfugier à Vic afin d’éviter des traitements encore plus cruels .

 

Un fermier, Jérôme Carrière, avait été, lui, épargné car plutôt que de se mettre sous la protection de Péchenart, il s’était placé sous la sauvegarde du Maréchal d’Estrées, seigneur de Coeuvres et tout puissant Gouverneur de l’Ile de France .          

 

Néanmoins, cette protection fut de courte durée, puisque quelques jours après le pillage, les cavaliers revinrent et cette fois ne le ménagèrent pas plus qu’ils ne l’avaient fait des autres habitants, en fonçant les portes de sa maison, s’emparant de ses meubles et de ses hardes, battant ses grains . Il ne dut lui-même d’avoir la vie sauve qu’à une fuite précipitée à Autrêches chez le Commandant des Cheveau-légers du Cardinal de Mazarin auquel il conta sa mésaventure ; celui-ci mit alors à sa disposition une garde armée de cinq hommes de sa compagnie qui cantonnèrent un mois et demi à Sacy afin de protéger ce malheureux sujet du Roi .                                                                                                                                                                 

Publicités

La mort de Gauthier

7/1/2013

Rémi Hébert

Gaucher II d’Autrêches, victime de juments fatales

 

Certains des seigneurs d’Autrêches eurent une célébrité qui dépassa le cadre local ; Gaucher II d’Autrêches est de ceux là.

Gaucher II fut l’un des hommes les plus éclairés du règne de Saint-Louis et aussi l’un de ses plus vaillants guerriers : il suivit son Roi dans sa croisade en Terre Sainte . Joinville, dans son histoire de Saint-Louis, rapporte sa mort à la bataille de Mansourah en février 1250 .

Après la prise de Damiette, le campement des croisés était harcelé de tous les côtés par les infidèles ; de nobles chevaliers se proposèrent pour dégager les abords du camp, ce que le Roi leur interdit .

Gaucher II d’Autrêches, n’écoutant que son courage, décida de faire une ronde autour du camp ; il se fit armer en tous points dans sa tente : à cheval, l’écu au cou, le heaume sur la tête, il  fit relever les pans de sa tente et piqua des éperons vers les Turcs, tandis que tous gens criaient d’une voix forte « Chasteillon » .

Gaucher II montait un cheval entier et très fougueux, tandis que les Turcs eux, chevauchaient des juments : « l’ardeur de ces femelles anima le cheval de Gaucher II au point de le rendre indomptable » : ne pouvant le retenir, son cavalier s’élança droit au milieu des escadrons  musulmans .

Gaucher II fut jeté à terre et son cheval lui passa sur le corps ; les Turcs assénèrent sur le gisant de grands coups de leurs lourdes masses . Venant à sa rescousse, le Connétable de France et les gardes du Roi réussirent à le ramener par les bras jusqu’à sa tente : quand il y arriva, il ne pouvait plus parler, mais les « chirurgiens et physiciens » ne jugèrent pas son état alarmant ; pour seule médecine ils ordonnèrent de le saigner aux deux bras .

Le soir, Joinville et un autre chevalier résolurent de rendre visite à cet homme « de grand lignage et de grande vaillance » . Le Chambellan de Gaucher II  d’Autrêches leur demanda de marcher doucement afin de ne pas réveiller son maître .

Peine perdue, Gaucher II avait déjà rendu l’âme !

Lorsque Saint-Louis apprit la mort de son compagnon, il en conçut un vif chagrin et dit qu’il ne voudrait pas avoir à faire à de tels médecins !

Une vendetta au XVIe siècle

20/1/2015

par Remi  Hébert

Une vendetta au XVIe siècle

Peu de seigneurs locaux eurent une notoriété au-delà des limites du Soissonnais . Il y eut cependant quelques exceptions : parmi celles-ci,  Antoine de Gonnelieu, gouverneur des châteaux de Ham et de Pierrefonds  . Peut-être aurait-il mieux valu pour lui qu’il ne quittât pas sa seigneurie de Jumencourt (proche de Coucy), ce qui lui aurait évité d’être mêlé à de terribles affrontements, et d’échapper ainsi à une fin tragique . Familier des Grands du Royaume,  homme de confiance du roi, Antoine de Gonnelieu était   beaucoup plus fréquemment au Louvre (résidence royale à l’époque) qu’à Autrêches dont sa belle-sœur était la Dame . Néanmoins, l’époque était troublée et Antoine de Gonnelieu fut mêlé à une véritable vendetta. La haine que se portaient deux familles, les d’Alègre et les du Prat (ou Duprat) avait pour origine Anne d’Alègre qui voulut déshériter les huit enfants qu’elle eut avec Antoine IV du Prat, son premier mari. Cette haine les fit s’entretuer pendant une vingtaine d’années :  

  • Le 8 avril 1565, Antoine d’Alègre, baron de Milau      poignardait François du Prat, baron de Thiers et de  Vitteaux, chambellan du duc d’Anjou et surtout petit-fils d’Antoine du Prat, le célèbre chancelier de France.
  • Le 31 janvier 1569, Guillaume  du Prat, baron de Vitteaux, croisant aux abords du Louvre le meurtrier de      son frère lui tirait un coup de pistolet sans toutefois l’atteindre.
  • En mars 1572, Pierre du Prat fut tué,      « mal a propos et avec supercherie » rapporte Brantôme, par      Antoine de Gonnelieu, ami des Alègre : ce Pierre du Prat était page      du duc d’Alençon et n’avait que 15 ans….

Son meurtre accompli, Antoine de Gonnelieu s’empressa de quitter la Cour pour se réfugier sur ses terres ou plutôt se mettre  sous la protection du connétable de Montmorency à Chantilly. Las! Guillaume du Prat accompagné de cinq hommes le rattrapa à Luzarches et le tua « vite et sans cérémonie » ; son corps retrouvé quelques jours plus tard, fut inhumé dans l’église d’Autrêches auprès de l’autel de la Vierge*. Ce dernier meurtre rendit furieux le roi et son frère qui exigèrent l’exécution de du Prat ; mais celui-ci réussit à s’enfuir en Italie et ne revint que pour tuer l’année suivante Antoine d’Alègre, meurtrier de son premier frère . La série des assassinats continua : en 1575 Guillaume du Prat occit Louis Béranger du Guast, l’amant de la mère de la Belle Gabrielle d’Estrées tandis qu’en juin 1577 : Yves III d’Alègre, frère d’Antoine, tombait victime d’un guet-apens, percé de 37 coups de dague . La série prit fin seulement en 1583 après qu’Yves IV d’Alègre, fils d’Antoine -qui a remplacé du Guast dans le cœur de la mère de la Belle Gabrielle- eut tué en duel le terrible Guillaume du Prat, meurtrier de son père et de ses oncles . Les deux amants s’établirent à Issoire en Auvergne où ils seront eux mêmes tués en 1592.

La fin tragique d’Antoine de Gonnelieu  et la succession de meurtres dans laquelle elle s’inscrit, illustre bien la rudesse des moeurs de l’époque. La veuve d’Antoine de Gonnelieu, Charlotte de Bosbecq, fit un procès et obtint la somme de 4.000 livres .

* Jusqu’en 1914, sur la dalle funéraire en pierre bleue d’Antoine de Gonnelieu, on pouvait encore lire (difficilement)  l’inscription suivante : « ci-git noble hôme Anttoine de Gonnelieu, Chevalier Seigneur de Jumencourt, Premier Chambellan et Capitaine des gardes du roi Charles IX et Gentilhomme ordinaire de la Chambre de Monseigneur le duc d’Alençon, frère dudit Seigneur, lequel trépassa le XXVIème jour de mars 1572 ».…………….. ».  La dalle fut ensuite déplacée pour être mise à l’entrée du chœur, puis en 1866 à l’entrée du grand portail. Enfin, elle fut fixée au mur extérieur de l’église vers 1985.  Cette pierre tombale est la seule à ne pas avoir été détruite lors de la première guerre mondiale .

Les de LOUVEL, derniers seigneurs d’Autrêches

13/1/2013

par Remi Hébert :

Les de LOUVEL, derniers Seigneurs d’Autrêches

1ère Génération

Antoine-Marie de LOUVEL  (1707-1779)

qui se rendit acquéreur du domaine d’Autrêches en 1770. Il s’intitulait Seigneur de WARVILLERS , ARVILLERS,  LECHELLE , Vicomte d’Autrêches

  • Fils d’Etienne-François de LOUVEL , Chevalier , Seigneur de Ravenel, Warvillers, le Petit Heilly et de Béthisy et de Charlotte de Vendeuil (1), mousquetaire de la garde du roi .
  • Frère de Marie-Françoise qui se marie le 9 juin1737 à Warvillers avec Charles François des Essarts, fils de François et d’Anne-Charlotte de La Fontaine, dame d’Autrêches . Le lien entre les LOUVEL  et  AUTRECHES se trouve là .

Antoine-Marie épouse le 22 septembre 1731,  Gilette de Trécesson dont il a 6 enfants. Charles-Gilles  né en 1735 en est l’ainé . Son père se remarie le 28 janvier 1751 avec Reine-Robertine de Noue (ce second mariage ne fut pas fécond).

Continuant à résider à Warvillers, il confie ses intérêts à Autrêches à Louis Chirol-Ducastel,  receveur de la terre et seigneurie qui mourut en 1774 sans être remplacé semble-t-il .

Antoine-Marie de Louvel, quant à lui, mourut à Warvillers le 4 avril 1779.

 

2ème Génération

Charles-Gilles-Marie (1735-1818)

Mariage le 3/12/1758 avec Marie-Anne-Antoinette-Nicolle de Guillebon (2). Le couple n’eut qu’un enfant, Antoine-Gilles-Marie au profit duquel son père Charles-Gilles de Louvel, chevalier, seigneur vicomte d’Autrêches rédigea son testament en son château le 1er juillet 1784. Un second testament fut rédigé en vendémiaire de l’an III après la mort de son fils.  Charles-Gilles fut le premier de la famille à fixer sa résidence à Autrêches, délaissant Warvillers . Toutefois, le 17/4/1791, Charles-Gilles-Marie achète pour l’habiter (et peut être pour se fondre dans l’anonymat de la ville) une maison au 522 rue des Cordeliers à Soissons moyennant 16.450 livres .

Auteur d’un ouvrage de commande,  A.Goze (3), le décrit comme étant d’une exquise politesse avec tous et inspirant un respect unanime :

« Ce comte, ancien officier supérieur de cavalerie était le vrai type de gentilhomme français . Aussitôt qu’il paraissait dans une assemblée publique, même à l’église, tout le monde se levait comme un seul homme tant il inspirait le respect ».

—————————————————————————————————————–

(1)                Devenue veuve d’Etienne-François, chevalier seigneur de Ravenel, Warvillers, puiné de Charles de Collemont, seigneur de Framerville, elle achète en 1721 à François du Prat pour 30.000 livres la seigneurie d’Arvillers . Elle meurt à Warvillers en 1750 à 72 ans .

(2)                Née en 1738, fille de Louis Pierre Nicolas de Guillebon, décédée en 1776.

(3)                Note, page 23 in « l’église d’Autrêches » de A. Goze (1862)

 

Il n’émigra point, de sorte qu’il garda tous ses biens . Goze, puis Louis Nocq après lui, indiquent à tord que Saint-Just –député du bourg voisin de Blérancourt- ne permit pas qu’on l’inquiétât de quelque façon . En fait, bien au contraire, il fut incarcéré à Amiens le 29 Pluviôse An II par mesure de sûreté générale, précisément sur un arrêté de Saint-Just et consorts (1)

Un mois après l’emprisonnement de cet homme de 59 ans, auquel on ne reproche que son état d’aristocrate, le comité de surveillance d’Autrêches indique « qu’il n’a jamais eu aucune liaison ou relation suspecte et a toujours paru zélé pour la révolution… », qu’il a un revenu de 15.000 livres et le présente comme cultivateur . Le 17 Floréal An II, le district de Noyon demande également à celui de Noyon de le maintenir en détention mais … dans sa maison d’Autrêches sous la surveillance de la municipalité afin qu’il puisse « faire procéder à la culture et à l’ensemencement des terres considérables qu’il y possède ».

Aucune autre pièce ne permet de confirmer que le comte était sincèrement gagné aux idées nouvelles . On sait cependant qu’il se rendit acquéreur de biens nationaux . Ainsi le château de Vassens fut acquis par lui (Marie-Gabrielle-Eugénie, sa petite fille, le reçut en dot) . De surcroît, une pétition du « Citoyen LOUVEL » signée par les habitants d’Autrêches et datée du 29 Fructidor An III est ainsi rédigée :

« Les plans des terres et seigneurie ont été remis en exécution de la loi, mais pour montrer sa plus grande soumission, le Citoyen LOUVEL a fait de son plein gré déposer un autre plan en feuille, il souhaite aujourd’hui le récupérer car cela serait plus utile aux habitants pour s’assurer de la situation et de la qualité de leur terrain et pour rectifier les états de section où se trouvent des erreurs ».

Il se voit rembourser en 1809 un prêt de 46 sous et 6 deniers accordé 28 ans plus tôt à un habitant d’Autrêches .

Son corps est inhumé dans la crypte de l’église . La pierre sépulcrale porte l’inscription suivante :

« Ci-gît/Charles-Gilles-Marie, Comte de LOUVEL/ancien officier supérieur de cavalerie/né en 1735/et décédé le 3 Xbre 1818/. »

Ce fut la dernière personne a être enterrée dans l’église même .

 

3ème Génération

Antoine-Gilles-Marie (1759-1793)

Capitaine au régiment de Conti – Dragons en 1778 , il quitte le métier des armes peu après (avant 1786)

Le chapitre de la cathédrale de Noyon renouvelle le 22 mars 1780 en sa faveur une contribution pour percevoir une rente destinée à un enfant de cœur de la cathédrale.

……………………………………………………………………………………………….…

(1) AD L4 ; arrêté à Roye le 20 février 1794 (3 jours après son fils, sa bru et leurs 4 enfants et incarcéré à la prison de Bicêtre, puis transféré le 10 mai à l’hospice (source F.Darsy cité par Olivier Garcin).

Marié à Anne-Charlotte-Christine-Gabrielle Lucye de la Myre (1).

Arrêté le 17 février 1794, Antoine-Gilles-Marie fut conduit à la prison de Bicêtre à Amiens où son propre père le rejoignit et partagea son triste sort . Il décède le 25 août 1794 (28 Thermidor An II), peu après sa libération, à Warvillers où étaient nés ses 4 enfants :

1/       Marie-Gabrielle Eugénie, née le 21/6/1784 .

Mariage à Warvillers avec Louis Héricart de Thury le 17 janvier 1801 (27 Nivôse de l’An IX) dont elle divorça le 14/10/1805 pour « incompatibilité d’humeur et de caractère » . Le couple eut un enfant (1801) à Warvillers . Le divorce fut prononcé à la mairie d’Autrêches . La divorcée se retira à Warvillers, puis à Paris , se remariant à Warvillers en 1815 avec le même !

2/       Marie-Alexandre-Edouard, né le 11/2/1786 (cf.ci-après : 4ème génération).

3/       Marie-Antoinette-Amélie, née le 6/7/1788, décédée en 1858.

Mariage le 9/6/1809 avec Louis-François Bertrand de Vigneral, de Ry (Orne). La mariée demeurait chez son aïeul paternel au château d’Autrêches . Un fils : Marie-Gustave né en 1809 .

4/       Marie-Joseph-Eléonore, née le 16/12/1792 , décédée célibataire en 1867 à Amiens .

Leur grand-père, le comte Charles-Gilles eut la charge de leur éducation après la mort précoce de leur père.

4ème Génération.

Marie-Alexandre-Edouard (11/2/1786 – 31/1/1867).

Seul garçon parmi les 4 enfants du comte Charles-Gilles.

Marié à Adèle-Euphrasie du Tremblay, née le 13/9/1797 à Paris ; décédée le 26/4/1872 au château de Razat appartenant à la famille de la femme de son 3ème fils .

Quatre enfants (2) :

1/ – Marie Pierre Arthur                      né à Paris en 1816

2/ – Marie Pierre Eugène                    né à Autrêches le 9/3/1818

3/- Marie Alexis Edouard                   né à Autrêches le 30/5/1820

4/- Marie Gabriel Gustave                  né à Autrêches le 11/5/1822

………………………………………………………………………………………………….

(1)     Née en 1764 à Davesnescourt . Arrêtée en même temps que son mari, elle est libérée le jour même avec ses enfants . Elle vivait à Arvillers en 1820 .

(2)     « Vivant tous  des rentes de leurs parents » selon l’état nominatif de 1851.

Rompant avec la tradition militaire familiale, le comte Marie-Alexandre-Edouard se fit remplacer à la conscription de 1806 par un garçon tailleur, nommé Daugy, moyennant la somme de 4.000 livres tournois.

C’est probablement lui qui termina la restauration du château entreprise par son grand-père.

Le second fils de Charles X, le duc de Berry venant d’être assassiné par un nommé Louvel, un jugement du 30/11/1821 permit à la famille, la substitution du nom patronymique LUPEL à celui de LOUVEL(1) . Bien en cour, le comte de LUPEL avait été nommé au Conseil d’arrondissement de Compiègne mais en fut évincé après la chute de Charles X.

Maire d’Autrêches en 1820, renouvelé en 1826, l’étoile du comte pâlit avec l’avènement de la monarchie de Juillet . Ainsi en 1829, la commune représentée par Tricot, adjoint, fut sur le point d’intenter un procès au comte accusé d’usurper des biens communaux . Une transaction fut conclue sous l’égide du préfet pour attribuer à chacun une partie des biens litigieux.

En 1831, le comte emploie pas moins de 13 personnes : 1 précepteur, 5 domestiques, 1 garde particulier, 2 cuisiniers, 1 jardinier et 3 charretiers . Petit à petit, le personnel se réduira pour se limiter en 1856 à  1 domestique à gage, 1 chef cuisinier, 1 garde particulier et 1 femme de chambre.

Il accroît son domaine en acquérant différentes parcelles à Autrêches (2) .

En 1863-64, il s’oppose avec véhémence à la création de la sucrerie du Bout de Vaux qui, selon lui, rendrait sa demeure inhabitable.

Le comte meurt au château d’Autrêches le 31/1/1867 laissant son domaine à Marie-Pierre-Arthur, son fils aîné qui allait lui survivre moins de 6 mois.

…………………………………………………………………………………………………………..

(1)     Toutefois à la fin du siècle, la famille se fit appeler Louvel-Lupel puis revint au seul nom de Louvel.

(2)     Ainsi achète-t-il  en 1828 :20,60 ares de pré pour 200 F. et 26,18 ares de terre pour 300 F

en 1855 :10 ares de pré pour  125 F

5ème Génération

Marie-Pierre-Arthur, l’aîné (1816 – 27/6/1867)

Il partagea son temps entre Paris et Autrêches où il réside habituellement avec ses parents et son frère cadet Gustave. Fréquentant la cour impériale, c’est précisément au cours d’une chasse avec l’Empereur qu’il fut victime d’un accident de cheval en forêt de Laigue (1).

Il succombe à ses blessures en son hôtel du 45 de l’avenue Montaigne le 27 juin 1867 . Son corps est inhumé dans la propriété familiale aux côtés de son père et de son frère Gustave.

Marie-Pierre-Arthur ne laissa pas de postérité .

Sensible à la misère humaine, comme à celle des animaux de ferme, il créa par testament une rente annuelle au profit des malheureux et un prix également annuel, destiné à celui qui traiterait le mieux les chevaux. (Cf. « Il était une fois, un comte… » sur ce même blog).

 

Marie-Gabriel-Gustave, le cadet était déjà mort depuis le 24 novembre 1864 au château d’Autrêches, également sans postérité . Résidant sans interruption à Autrêches, il agrandit son domaine (achat de bois et terres pour 205 F en 1862) et signe : Vicomte de Lupel . Maire en 1856, il occupe cette fonction jusqu’à son décès .

Faute d’avoir eu l’autorisation de l’enterrer dans la crypte de l’église auprès de son grand père et après de macabres péripéties, son père le  fit inhumer dans sa propriété à proximité du château . Une carte postale allemande éditée pendant la guerre permet de garder le souvenir du caveau.

Les corps inhumés à cet endroit ont été transférés après guerre au centre du cimetière communal dans une sépulture restée anonyme depuis lors…

…………………………………………………………………………………..

(1)     A un endroit où une croix a été érigée.

Marie-Alexis-Edouard (30/5/1820 -6/1/1887 au château de Razat)

Mariage avec Louise-Aline Noël du Payrat, née le 11/12/1824 à Paris, décédée le 21/2/1885 au château de Razat en Périgord.

Légataire  universel de son frère Gustave, il met en  adjudication volontaire le 5/1/1879 une vingtaine de parcelles de bois, prés et terres lui appartenant, souvent attenants à celle du comte Eugène, son frère . La procédure de vente choisie indique que les deux frères survivants ne s’entendaient vraisemblablement pas .

Engagé volontaire à la suite de la mort de son fils à Sedan en 1870, il fut capitaine des Mobiles de l’Yonne durant cette guerre . Il se fixa dans le Périgord mais est enterré dans la chapelle seigneuriale de Warvillers, berceau de la famille .

Postérité :

1/ –  Marie Berthe (1845-1847)

2/ – Marie Robert né en 1847, sous-lieutenant au 47ème de ligne, tué à Sedan le 1er septembre 1870.

3/ – Marie Arthur Guillaume, né le 26/10/1854 ; décédé le 24/3/1919 ; croix de guerre, maire de Warvillers ; inhumé dans la chapelle seigneuriale . Se faisait appeler comte de Louvel-Lupel.

Mariage avec une demoiselle de Montalembert, fille du colonel et de Valentine de Rochechouart.

Sept enfants naquirent : Pierre, l’aîné, chef de famille et des armes ; mort à 49 ans en 1929, maire de Warvillers et député de la Somme .

 

Marie-Pierre-Eugène(1818 – 1898 env.)

Mariage à Autrêches le 25 juin 1844 avec une roturière,  Marie Clémentine Vinchon, âgée de 19 ans, née à Ennemain (Somme) ; l’instituteur d’Autrêches fut l’un des témoins de la mariée .

Probablement en rupture familiale, les époux partirent en Alsace où naquit le 3/7/1851 à Schweighouse leur seule enfant, Jeanne ; peu après, la mère demanda la séparation de corps et de biens ; l’ayant obtenue en 1853, elle se retira dans son village natal où elle mourut 5 ans après.

Marie-Pierre Eugène de LUPEL, officier d’infanterie en garnison à  Haguenau, quitta l’Alsace et l’armée  pour habiter le château d’Autrêches après le décès de son frère aîné, Marie-Pierre-Arthur en juin 1867 (1) qui avait suivi de quelques mois celui de leur père . Ce retour à Autrêches détermina probablement le départ de sa mère qui alla vivre au château de Razat chez son 3ème fils.

Marie-Pierre  Eugène fut le dernier comte d’Autrêches a y avoir résidé ; il y est recensé de 1872 à 1891. En 1876, il vit seul au château avec sa  gouvernante, alsacienne de 40 ans, un domestique et 2 ouvriers agricoles .

Probablement brouillé avec le reste de sa famille et de caractère taciturne, il ne recevait que peu (dans le village on l’appelait « le comte aux chiens » tant sa prédilection pour ces animaux était grande) . C’est probablement par ressentiment à l’égard de sa fille et de son gendre, qu’il proposa de donner toutes ses terres à Autrêches et dans les communes avoisinantes à la condition que celles-ci soient gérées par une structure intercommunale présidée alternativement par les maires de Vic et d’Attichy.

…………………………………………………………………………………………………..

(1)     Eugène est le seul parent témoin à l’acte de décès d’Arthur, ce qui dénote sa présence à Paris en 1867.

Il est aussi le seul parent témoin à l’acte de décès de sa tante Marie-Joseph-Eléonore à Amiens le 5/1/1867 (morte sans postérité).

Il quitte la commune avant sa mort peu avant 1900 (cf carte postale postérieure à 1900 représentant le château toutes portes et fenêtres closes).

 

Les deux dernières générations (6ème et 7ème)

Fille de Marie-Pierre-Eugène, Jeanne de Lupel épousa le comte Jean Maxime Boula de Mareuil  à  Bouillencourt-la-Bataille dans la Somme le 8/7/1876 dès sa majorité (25 ans) et 4 jours après son 1er accouchement . Ses témoins furent son oncle Edouard, chez lequel elle était   domiciliée au château de Razat et son cousin germain, Guillaume . En revanche son propre père était absent … Les époux résidèrent au château de Bouillencourt .

Le château d’Autrêches resta inoccupé jusqu’à la guerre au cours de laquelle il fut très endommagé (cf .photo ci-dessous).

Au lieu de le reconstruire sur place, grâce aux dommages de guerre, Jeanne Boula de Mareuil (devenue veuve pendant la 1ère guerre mondiale)  préféra faire bâtir une maison rue de Clamart à Compiègne dans laquelle elle vécut près de 50 ans .

Jeanne Boula de Mareuil fut néanmoins marraine de la cloche de l’église d’Autrêches reconstruite qui porte son prénom . Elle eut 3 enfants (cf.dossier), tous nés à Bouillencourt-la-Bataille. Elle décéda à Compiègne en 1949 à l’âge de 97 ans.

Sa fille puînée, Jeanne, épouse Delherm de Novital décéda le 13 juillet 1977, elle aussi,  à Compiègne à 95 ans, sans postérité . Ses biens immobiliers d’Autrêches revinrent à ses neveux Boula de Mareuil qui vendirent leurs 71 ha de bois puis la ferme et 70 ha de terres en 1997 à M. Hervé de Smedt .

Ainsi prit fin le dernier lien entre Autrêches et ses ci-devant seigneurs .

………………………………………………………………………………………………….

Sources : ma documentation (archives familiales des Louvel, correspondances, témoignages recueillis…), archives départementales de l’Oise (E-C., recensements) , A. Goze, Olivier Garcin (archives de la Somme, …).