Autrêches: Dates clés pendant la Grande Guerre

Autrêches

dates clefs pendant la Grande Guerre

RH

                       1914

31 août (soir)                 Arrivée des Allemands qui bivouaquent quelques heures après le passage des Anglais.

13-14-15 septembre      Les Français reprennent successivement tous les hameaux.

20 septembre                 Grande offensive des Allemands qui réussissent à reprendre Autrêches,

                                        le plateau de St-Victor, Chevillecourt .

                                        Les Français gardent la partie Sud de la commune avec Hautebraye et le moulin de                                          Pont Fard.

                       1917

17 au 18 mars                 Départ dans la nuit des derniers Allemands (repli sur la ligne Hindenbourg).

18 mars                           Les Français réoccupent Autrêches .

                       1918

1er et 2 juin                     Retour offensif des Allemands qui occupent la totalité de la commune (Hautebraye inclus).

5 juin (au soir)               Les Français reprennent Hautebraye.

17 juin                             Les Français reprennent St-Victor et son plateau.

3 juillet au 16 août        Coups de mains et reconnaissances offensives Françaises pour tenter d’avancer plus avant.

17 août (à l’aube)          Conquête des crêtes au Nord d’Autrêches et de Chevillecourt.

18 août (à l’aube)          Reprise de l’assaut . Tout le plateau d’Autrêches et de Chevillecourt est enlevé .

Autrêches en ruines est définitivement délivré

                                                                                                                                                                                                                                              

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Le « Petit Julot »

Le 16/8/2013

Le « Petit JULOT »

Origine de la pancarte en mémoire du « Petit Julot » et de ses camarades du 246ème RI :

La pancarte en bois gravée à la main a été installée en toute discrétion dans les années 60 à l’endroit où sont tombés ses camarades par un ancien « Poilu » revenu sur les lieux . Il s’agissait là d’une initiative personnelle du survivant d’une section de mitrailleuses qui échappa au sort de ses camarades car, portant le trépied de la mitrailleuse (1), il était légèrement en retrait .

La pancarte qui avait été mise en plein champ fut rapidement déplacée de 300 m environ en direction de l’Ouest pour être mise en bordure de route à son emplacement actuel .

Son abord est régulièrement entretenu par un habitant de Vassens tandis que la pancarte elle-même a été restaurée par Hervé Vatel qui en a respecté l’esprit et la graphie originale .

Contexte de leur mort :

Le 20 août 1918, la Xème Armée lance peu après 7 h une attaque générale . La 55ème division y participe . Son 246ème régiment d’infanterie se trouve entre le 289ème qui fait partie de sa division et à l’Est la 2ème division .

Le 246ème est en ligne sur le plateau à la limite des communes d’Autrêches et de Vassens . Il doit progresser à l’intérieur d’un étroit couloir, atteindre l’extrémité du plateau puis descendre à travers bois sur le hameau de Vézin et remonter le vallon après avoir traversé la route de Vassens à Audignicourt .

Pour cette journée du 20 août le JMO (2) du 246ème RI indique :

Fortes défenses ennemies ; artillerie et mitrailleuses dans le ravin de Vézin .
« des mitrailleuses allemandes résistent, un canon tire à vue . En quelques minutes les pertes sont lourdes, la progression limitée . Chaque unité doit manœuvrer pour tourner la résistance » (…. )

Le régiment atteindra ses objectifs dans la journée mais au prix de lourdes pertes : 20 tués et 119 blessés ou intoxiqués . Parmi les tués figurent le petit Julot et ses 4 camarades .

Identification du « Petit julot » et de ses camarades :

Pendant des décennies on chercha en vain l’identité du petit Julot et de ses camarades . La difficulté était certaine car Julot n’est qu’un diminutif, tandis que les 4 autres noms sont des traductions phonétiques . Néanmoins, je suis parvenu à tous les identifier :

 – Le Petit Julot est le soldat Drouineau Jules, né le 30 avril 1886 au Havre ; inhumé à la nécropole nationale de Champs – carré 1 – n°182 –

 – Le caporal Vigniau est le caporal Viguié Julien, né le 13 février 1894 à Villefranche de Rouergue

 – Uesnils est le soldat Mesnil Victor, né le 23 juillet 1883 à Montargis

 – Tacquet est le soldat Tacquet Albert, né le 27 février 1894 dans l’Aube

 – Boumgarter est le soldat Baumgarter Antoine, né le 14 octobre 1886 à Etampes

N.B.

« Mémoire des hommes » tout comme l’historique de leur régiment indiquent que les 4 soldats sont morts le 21 (et non le 20) à Vassens . Toutefois, à notre sens, la date du 20 août figurant sur le panneau est la seule à retenir eu égard à la date des combats à cet endroit .

(1) Source : Témoignage recueilli par Denis Milhem

(2) L’historique reprend le même texte .

Le jour où le clocher de l’église d’Autrêches fut détruit

23/1/2013

Rémi Hébert

12 Novembre 1914

Le jour où le clocher de l’église d’Autrêches fut détruit

Rappel des évènements depuis le début de la Grande Guerre :

Après la bataille des frontières, les Allemands foncent sur Paris. Le 31 août 1914, après avoir fait 40 kms dans la journée en talonnant les Ecossais du « Royal Scotch Bataillon », ils bivouaquent  à Autrêches .

Mais le 11 septembre, après la bataille de la Marne, le mouvement s’inverse et c’est au tour des Allemands de refluer précipitamment, suivis de près par les Français. Ils arrêtent leur retraite le lendemain devant Morsain, au bord du plateau au sud d’Audignicourt et de Vassens .

Huit jours plus tard c’est la grande et sanglante bataille d’Autrêches : au soir du 20 septembre l’ennemi reprend Autrêches, Chevillecourt et la ferme de Saint Victor . Dans les gigantesques carrières leurs premières lignes peuvent s’abriter . Du plateau ils ont  un avantage stratégique considérable car cette position leur offre un belvédère sur la vallée de l’Aisne. Au début de novembre le commandement français décide de les déloger . Les 44ème et 60ème régiments d’infanterie reçoivent la mission de progresser de part et d’autre de Saint Victor .

Le 12 novembre l’attaque est déclenchée à 8 heures ; de toute la ligne d’attaque, seule la gauche du 3ème bataillon du 60ème peut gagner quelque terrain mais comme sa droite ne suit pas, ceux qui restent reviennent sur les positions de départ : l’échec  est total . L’attaque est renouvelée l’après-midi, préparée par un quart d’heure de tirs d’artillerie mais encore une fois l’attaque est brisée : dans le seul 60ème, 285 combattants sont tués, blessés ou portés disparus ; parmi eux, il y eut quelques prisonniers dont l’un d’eux, Frédéric Louvrier, a laissé un écrit détaillé de cette mémorable attaque; il fut le témoin oculaire de la destruction du clocher par l’artillerie française.

Ce récit  de la journée du 12 novembre 1914 nous a été transmis son petit-fils, Charles Muckensturm. Qu’il en soit remercié une nouvelle fois !

« Avec une promptitude inespérée tout le monde s’élança, hurlant en avant ! à la baïonnette ! ce qui fût à mon avis une grande imprudence car je suis certain que, si nous étions partis sans bruit, sans crier, nous aurions surpris dans leur tranchée les Allemands en train de déjeuner avec un morceau de pain et de lard . Mais à nos cris, ils ont tout quitté et pendant qu’une partie nous tirait dessus, les autres se sauvaient de tous côtés . A notre gauche par côté se trouvait un petit bouquet de bois à la lisière de laquelle il y avait une tranchée allemande solidement abritée dans laquelle étaient braquées plusieurs mitrailleuses.

A peine avions nous fait 20 mètres, que, pris sous le feu de ces mitrailleuses, plus de la moitié des hommes de ma section tombaient comme si une même balle les eût touchés tous ensemble ; ce qui cependant n’arrêtait pas les autres, qui, affolés, continuaient leur assaut contre la tranchée à prendre .

Mais beaucoup encore restaient en route, pris sous le feu des Allemands qui n’avaient pas abandonné la tranchée et des mitrailleuses qui continuaient leur tir . Enfin ceux qui arrivaient les premiers sautaient dans la tranchée fusillant à bout portant et embrochant cruellement les nombreux Allemands qui étaient restés pour nous tirer dessus et couvrir la retraite de ceux qui se sauvaient.

Mais, de la tranchée d’avant, les Allemands s’en aperçurent et dirigèrent leur feu à l’endroit même où ils m’avaient vu bouger . J’enfilai mon fusil dans un créneau pour leur riposter et je tirai sans trop viser jusqu’au moment où je ne puis me servir de mon fusil qui s’était rempli de terre, projetée par les balles, et dont le mécanisme ne fonctionnait plus .

………….

J’avais mon sac sur le dos . Plus de 20 balles l’ont traversé . Je dis 20 pour ne pas dire davantage car je ne veux rien exagérer, toujours est-il que mon bouteillon qui était fixé sur mon sac, était criblé comme une passoire et (sur mon sac) les couvertures qui y étaient, étaient en lambeaux.

Comme je l’avais prévu, les Allemands, ne voyant plus rien bouger, allaient contre-attaquer, ce qui était facile du reste . Mais auparavant ils eurent soin de bombarder efficacement la tranchée, ce qui eut pour résultat d’achever  quelques blessés et de réduire en bouillie plusieurs morts . C’est pendant le bombardement que je fus atteint par deux shrapnels, dont un sur la main gauche et l’autre sur la jambe droite .

………..

Comme une trombe, une masse de soldats allemands arrivèrent jusqu’à la tranchée derrière laquelle j’étais . J’attrapai mon fusil de ma main gauche blessée pour pouvoir me servir de la baïonnette une dernière fois si l’occasion se présentait avant de me laisser tuer . J’espérais faire payer ma vie cher, ne comptant pas du tout être fait prisonnier après une lutte aussi acharnée dans laquelle , eux aussi, avaient beaucoup de pertes …

Le premier Allemand qui m’aperçut, (je le reconnaîtrais dans un mille) me mit en joue et ne tira pas. Il s’efforça de me faire des signes et de me parler en gesticulant, mais en vain, car je ne compris pas et restais immobile . C’est grâce à un de mes camarade que j’ignorais là, qui parlant un peu allemand, s’était déjà rendu, que je pus comprendre qu’il me disait de lâcher mon arme et de lever les bras si je voulais être fait prisonnier . Je ne pris pas le temps de réfléchir, je me rendis aussitôt ne pensant pas rester prisonnier mais être fusillé sitôt après avoir interrogé.

Des soldats allemands, ceux qui nous avaient fait prisonniers, reçurent l’ordre de nous conduire à Autrêches, ce qui n’était pas chose facile, car il y avait beaucoup de danger . Nos canons 75 et même les grosses pièces tiraient sans discontinuer sur les tranchées de défense d’Autrêches . Il fallait pour ne pas risquer d’être atteint par les obus qui tombaient épais, suivre tout le temps  la tranchée de défense qui était une tranchée joliment bien aménagée .  Là encore, j’eus à nouveau une surprise agréable . Tous les soldats avaient quelque-chose à nous offrir et nous obligeaient d’accepter ; les uns des cigares, d’autres des dragées, d’autres encore du café ou de la boisson . C’est à ne pas y croire et c’est à peine si nous osions les regarder . C’était humiliant d’accepter, étant convaincu qu’ils voulaient tout simplement nous narguer et nous braver . Mais pas du tout, ils étaient sincères car ils avaient pitié de nous, nous voyant tous blessés, les effets remplis de sang et de boue, tous malades, blancs comme des déterrés et complètement désorientés.

Enfin nous arrivons aux premières maisons d’Autrêches . Les obus tombent de plus en plus fort . Nous ne pouvons plus avancer qu’en rampant de maison en maison le long des murs pour nous engouffrer dans une grange que les obus ne peuvent atteindre à proximité du poste de secours.

CPA église vue de face

Comme dans la tranchée, les soldats nous entouraient de soins, nous offrant à manger et à fumer et nous apportant de l’eau fraîche pour boire et nous laver un peu . Mais aussitôt vinrent nous rejoindre une trentaine de soldats qui chargèrent leur fusil devant nous . Nous nous mîmes à trembler, croyant qu’ils allaient nous fusiller là . Mais ils ne s’occupèrent même pas de nous et nous repartîmes aussitôt . On fit appeler tous les blessés qui furent conduits un à un auprès des médecins qui leur firent de suite et soigneusement un premier pansement .

Les plus blessés furent conservés pour être conduits en voiture dans un hôpital et ceux qui comme moi, n’étaient que légèrement blessés, rejoignirent dans la grange ceux qui n’avaient pas de blessures du tout . Pendant environ deux heures que nous sommes restés là, les obus tombèrent comme grêle peu loin de nous, faisant tout trembler, réduisant en miettes les maisons, et c’est là que je vis le joli clocher d’Autrêches, après qu’une quantité d’obus l’eurent traversé, s’abattre avec un fracas épouvantable, les débris arrivant jusqu’à nous qui étions à cent mètres de distance »

 

égl avant et après destr (vue double) 

Le clocher de l’église est tombé !

.

Le sort tragique des habitants d’Autrêches durant les premiers mois de la grande guerre

                               16/04/2012

par Rémi Hébert

 

 

LE SORT TRAGIQUE DES HABITANTS

d’ AUTRECHES

DURANT LES PREMIERS MOIS DE LA GRANDE GUERRE

__________________________

Quand on pense aux malheurs de la guerre à Autrêches , on pense bien sûr au village ruiné, aux maisons détruites, à l’église réduite à un tas de pierres, aux bois et aux champs bouleversés.

Mais tout autant que les pertes matérielles, les pertes humaines ont été dramatiques

Nous connaissons tous le monument aux morts de la commune.

Le nombre d’enfants du pays qui y est  inscrit est impressionnant : une cinquantaine de noms y figure et parmi  eux, plus d’1/3 sont des civils. Aux 31 soldats morts pour la France viennent en effet s’ajouter 16 civils.

Ceci illustre bien le fait que la tragédie à Autrêches fut double :

  • d’une      part parce que comme dans tout le pays, nombre de  jeunes hommes ne sont jamais revenus      tandis que d’autres sont rentrés avec des blessures qui les handicaperont      le reste de leur vie
  •  d’autre part du fait que la population      civile paya elle aussi un lourd tribut à la guerre.

 

Rappel historique :   Août 1914

 

2 août   ——à Affichage de l’ordre de mobilisation générale. Le lendemain, la guerre est déclarée. On part pour une guerre courte, fraîche et joyeuse.

Rapidement néanmoins, on commence à s’interroger :

  • Les      27 et 28, on commence à entendre de + en + distinctement le son du canon.
  • Les      convois de civils exténués marchant en direction du Sud  sont de + en + fournis et passent      bientôt de manière quasi ininterrompue.

On ne sait que penser, beaucoup parlent de manœuvres, de bataille livrée et perdue par les Allemands. Le 28 au soir, Andrieux, s/préfet de Soissons vient rassurer les habitants de Morsain. Dans l’ensemble, on reste plutôt confiant d’autant que l’on voit arriver nos alliés anglais.

  •  Le 30,      passage des Britanniques battant retraite.
  •  Le      31, l’arrière-garde lève le camp avec les Allemands sur les talons.
  • Les habitants les accueillent avec effusion …les prenant pour des Anglais
  • Rapidement, ils déchantent : il faut en loger dans chaque maison et ces locataires ont vite fait de vider les armoires et de faire main basse sur tout ce qui leur convient.

Les Allemands quant à eux sont très méfiants car ils sont convaincus que parmi la population  se cachent des francs–tireurs toujours prêts à leur tirer dessus.  Ainsi le 31, pour cette raison  ils mettent le feu à la mairie – école de Morsain-.

Septembre

Mais la fortune des armes va s’inverser :

Le 12 septembre, l’Aisne est retraversée par les troupes françaises ; le 13 Hautebraye et Chevillecourt sont libérés, puis  c’est Autrêches et Le Bout de Vaux.

Du lundi 14 au dimanche 20 septembre, Autrêches et Chevillecout sont aux mains des Français.

 

Ce sera une semaine sanglante. Pendant cette semaine, personne ne sait plus vraiment où se trouve qui : Les Français tentent de prendre possession du plateau au Nord d’Autrêches et de repousser les Allemands sur Vassens et Nampcel. A l’inverse, les Allemands tentent  à plusieurs reprises de revenir à Autrêches et Chevillecourt où ils font des incursions.

Ainsi, un jour, une patrouille française ne s’était pas rendu compte qu’un détachement allemand se trouvait à l’intérieur de la boulangerie. Le boulanger Amory (maire par ailleurs) ne peut la prévenir et la patrouille française tombe dans le guet-apens. Quelques instants plus tard en allant chercher du pain, le jeune Maurice Lemoine doit enjamber 3 corps sans vie : 2 soldats français et un s/officier allemand tenant encore son revolver au bout du bras….

Chaque jour des combats et des bombardements se produisent. Le sang coule parmi les belligérants mais aussi parmi les civils :

  • les Allemands accusent un cultivateur de Chevillecourt, Brice Albéric Lefevre-Clerginet de faire des signaux aux troupes françaises. L’un d’eux lui plante une baïonnette dans le ventre. Le malheureux expirera le matin du 14 après avoir agonisé toute la nuit.
  •  Le 16, des éclats d’obus blessent Adolphe Charpentier, le coiffeur de Chevillecourt et tuent sa femme. Comme on ne peut l’inhumer, le corps de Mme Charpentier reste plusieurs jours au fonds de la cour de sa maison. Personne ne sut jamais ce qu’il devint.
  •  A proximité de là, une jeune fille d’une douzaine d’ années, Clotilde Foulon est tuée par une balle perdue.

Cette semaine là n’est pas seulement trouble sur le plan militaire, elle est aussi l’occasion de sordides règlements de comptes entre français. Ainsi, le curé aurait-il été accusé par des anti-cléricaux « d’avoir fait prier pour les  boches ». Indigné, il va s’en plaindre au général français qui loge dans son presbytère (1).

La bataille d’AUTRECHES :  le 20  septembre 1914

Le 20 septembre, peu avant le lever du soleil, les Allemands lancent une grande offensive.

Plusieurs milliers d’hommes sont lancés à l’attaque de Chevillecourt et d’Autrêches

La  bataille sera sanglante et acharnée. Après s’être battu dans les champs et les bois, on se livre à des combats de rue : chaque maison est défendue âprement : on tire au canon, à la mitrailleuse, au fusil de partout , des toits, des fenêtres, des caves, ….

Les civils sont au milieu de tout cela ….

Les Allemands accusent des habitants de prendre part aux combats. C’est ainsi que 7 civils sont sommairement fusillés au Pont à la planche après que l’on les ait obligés à creuser leur tombe…., 5  d’entre eux sont des habitants de Chevillecourt alors que les 2 autres n’étaient que de passage.

Le soir du 20 septembre, le front  sépare la commune entre deux. De part et d’autre, des retranchements sont creusés et chacun fortifie le terrain qu’il va occuper pendant près de 3 années.

(1)                 Dix jours plus tard, le pauvre curé est accusé cette fois par les Allemands  « d’avoir injurié par écrit l’armée allemande ».

La période  du 21 septembre à  mi- novembre 1914 ; La guerre de position 

Jusqu’à ce qu’ils soient évacués, les civils vont se trouver au milieu des combats et payer cher cette situation. Ainsi, postérieurement au 20 septembre des habitants sont tués dans la rue, leur maison ou leur cave.

A cet égard, il faut citer le sort tragique de la famille Cadot. Le 8 octobre à midi,  la famille est réunie dans la cave de sa maison de la rue du Beaumontoir  pour les 20 ans de Marie-Albertine. A proximité se trouve la roulante d’une compagnie allemande. Les soldats sont massés et attendent leur ration.  Un obus tombe. Aucun Allemand n’est touché mais un jeune garçon reçoit un éclat en pleine poitrine, la mère et la grand-mère Cadot sont grièvement blessés  tandis que  François, 36 ans et les 3 enfants Cadot sont tués : Marie-Albertine , son frère Daniel, 15 ans et sa sœur Renée-Lucienne, 4 ans . (2)

Par ailleurs, ils sont exposés à bien des tourments.

  • D’une manière générale pour les Allemands, la précision des tirs français ne peut s’expliquer  que par les renseignements que les civils font parvenir à l’armée française.
  • Un vieillard est particulièrement suspecté d’espionnage. Les Allemands, qui l’ont surnommé « la marmotte » trouvent étrange qu’il se trouve souvent près des roulantes et que celles-ci soient ensuite bombardées par l’artillerie française.
  • Le 23 septembre, toute la population civile (malades compris) est assemblée dans le chemin menant à Moulin et y reste de 8 à 14 heures sous les tirs français pendant que les maisons sont fouillées à la recherche de soldats français et d’espions. Un enfant est blessé et une vieille femme meurt de frayeur qqs jours + tard.
  • Après le 23, le curé, 6 otages et les jeunes gens sont parqués dans la salle de bal du café et sa cour face à l’église puis dans la cave après la destruction de la maison fin octobre. Ils sont utilisés pour toutes sortes de corvée.
  • Un  jeune garçon  prénommé Clovis, subit un simulacre d’exécution.

Mi- novembre, toute la population est emmenée à Blérancourt puis plus au Nord

*******

(2)                 A la fin de ce mois d’octobre, ce fut le tour du frère aîné de connaître une fin tragique: Norbert Cadot âgé de 23 ans mobilisé au 306° RI  disparaît sur le champ de bataille à Vailly/Aisne.

La logique aurait voulue que les civils français soient naturellement bien traités par leur armée. Mais une relation de défiance domine alors. On est certain que parmi les civils se cachent des Allemands ou des Français à la solde de l’ennemi.  C’est ainsi, que certains d’entre eux seront plus ou moins gravement inquiétés. A titre d’exemple :

  • le 16     octobre, on arrête dans un bois d’Ambleny, une vieille mendiante du nom de  Philomène Baudoin qui habitait une      carrière d’Autrêches. On l’accuse d’avoir donné des renseignements à      l’ennemi. Elle est donc accusée d’espionnage mais on s’aperçoit vite que      son état d’hébétude n’est pas simulé et on ne peut que la relâcher.
  • Auparavant, 2 cultivateurs (Blatrier de Bonval et      Pamart de la ferme St Victor) avaient eux-mêmes été arrêtés pour espionnage      pour le compte des Allemands.

Conclusion

 

Lorsque nous passons devant le monument aux morts d’Autrêches, ayons une pensée pour tous ceux qui souffrirent de la Grande Guerre en y incluant  la population qui paya elle aussi paya cher le fait de s’être trouvée au mauvais endroit au mauvais moment.

Epilogue

Après guerre, on recherche les corps et les criminels de guerre (enquête de la mission militaire française à Berlin après l’Armistice) .

Bibliographie :

  • Abbé J-B Verdier « Souvenirs d’un prêtre français en Allemagne » ; impr. Paroissiale Belmont ; 1920
  • Historiques régimentaires français et allemands
  • Souvenirs d’Autrêches d’A. Matthiessen ; n° 19 du Frontsoldat
  • Berthier de Sauvigny ; Pages d’histoire locale ; impr de Compiègne ; 1934
  • Archives de la mission militaire française à Berlin ; aout 1919
  • Témoignages oraux de MM M. Lemoine, E. Lefevre, Mme R. Vincent,…

Cela s’est passé en octobre 1914 à Autrêches

26/3/2012

par Remi Hébert

Cela s’est passé en octobre 1914 à Autrêches

Déjà, pendant la première guerre mondiale, des journaux illustrés informaient les civils des faits qui se déroulaient sur le front. Dans l’un de ces magazines paru en 1915 « le Frankfurter Zeitung » nous avons trouvé ce récit fait par un soldat allemand .

Voici la traduction de cet article :

 Dans les bois, au sud d’Autrêches, une de nos patrouilles profitant d’un épais brouillard a épinglé sur un arbre à 50 mètres des tranchées françaises un mot manuscrit sur lequel nous avions écrit ceci :

« Courageux soldats Français, vous versez votre sang sans raison pour ces hypocrites d’Anglais qui se comportent partout de la même manière . Nous avons déjà fait prisonnier 300.000 Russes et sommes vainqueurs sur tous les fronts même si les mensonges anglais disent le contraire . C’est la vérité .

Venez nous rejoindre, vous serez reçus amicalement chez nous, vous mangerez à volonté . Vous n’avez rien à craindre de nous, nous n’avons que de la sympathie à votre égard . Savez-vous que nous avons encore des munitions et du ravitaillement pour une année ?

Ceux d’entre vous qui dans les prochains jours viendraient vers nous sans arme avec un drapeau ou un tissu blanc seront reçus comme des invités .

Ces promesses engagent sur l’honneur, Manituis, officier prussien, et Dehmel, poète allemand »

Quelques jours plus tard, une patrouille trouva la réponse épinglée sur le même arbre . Il y était écrit :

«  Les nouvelles que vous nous donnez sont déjà anciennes. Ce que vous dites de nos amis anglais est faux. Ils se battent courageusement à nos côtés pour la liberté et le bonheur de nos peuples . Ceux qui disent que le soldat français est affamé sont menteurs . Ils ignorent les nombreuses richesses de notre belle France.

 J’affirme que vous êtes perdus . Toute l’Europe est contre l’Allemagne et nous devons gagner la guerre pour tuer votre Empereur et vous libérer.

Vous êtes de misérables esclaves . Devenez libres . Votre Empereur doit tomber ; l’Empire est perdu.  Venez avec nous ! »

C’était signé : un soldat français qui a étudié l’allemand et veut vous libérer du joug impérial ».

La lettre était écrite sur un menu daté du 19 octobre en bordure duquel l’auteur de la lettre avait écrit à la main :

« Ceci est le repas habituel des officiers français qui invitent cordialement les officiers allemands ».

L’évacuation forcée de civils pendant la guerre

12/3/2012

par Remi  Hébert

 

 

 

Evacuation forcée de civils pendant la guerre

L’histoire authentique qui suit prouve que l’on peut mourir de la guerre sans jamais avoir été blessé par une arme à feu.

Fin 1914, les autorités militaires prirent la sage décision de faire évacuer les civils qui se trouvaient terriblement exposés au milieu des combats qui ensanglantaient Autrêches.

Un couple de personnes âgées, les Ménart, qui habitait au 27-31 rue St-Victor , alors appelée rue Sèche, ne l’entendirent pas ce cette oreille . Lorsque les soldats fouillèrent les maisons pour s’assurer qu’il ne restait pas de civils à l’intérieur, ils se cachèrent dans la cave à l’intérieur de deux tonneaux.

L’évacuation terminée, ils se montrèrent enfin et vécurent toute la guerre sous la ligne de feu, vacant tranquillement à leurs occupations comme si de rien n’était.

En mai 1918, lors de l’ultime offensive allemande, ils ne purent employer le même stratagème et comme les autres habitants (revenus en 1917) ils durent partir de force .

Ils devaient mourir tous deux quelques mois plus tard avant la fin de la guerre de tristesse et de chagrin loin de leur chère maison.

Les premières semaines de la Grande Guerre

13/3/2012

par Remi Hébert

 

Les premières semaines de la Grande Guerre

à Autrêches

 

1 – L’avance Allemande

Dimanche 30 août 1914

Les armées allemandes continuent leur rapide progression en direction de Paris et approchent d’Autrêches . A quelques kilomètres de leurs éléments avancés, mêlés à de nombreux fugitifs des régions envahies, des éléments de l’arrière-garde anglaise traversent Autrêches . Les soldats ne s’attardent pas et , après une courte halte, partent le soir même en bon ordre et en chantant un hymne guerrier.

Lundi 31 août 1914

Pendant 5 à 6 heures, sans discontinuer, les colonnes allemandes traversent Autrêches ; les premiers arrivés sont reçus cordialement, on leur offre même fréquemment de quoi se nourrir et se rafraîchir … certains habitants les ont pris pour des anglais ! L’arrivée des cavaliers avec leurs longues lances met fin à la méprise . Une partie de la troupe passe la nuit dans les maisons du village et le lendemain reprend sa marche sur Paris .

Mardi 1er septembre 1914

Le 3ème Corps Allemand commandé par Von Lochow passe l’Aisne à Vic-sur-Aisne .

 

2 – Le recul allemand et le début de la bataille d’Autrêches              –    La reprise d’Autrêches –

Battues sur la Marne les premiers jours de Septembre, les armées allemandes se replient .

Vendredi 11 septembre 1914

L’armée Française traverse l’Aisne à Vic, son 35ème R.I. occupe Saint-Christophe, Hautebraye, tandis que le 42ème R.I. et le 60ème R.I. occupent le même jour Bonval et la ferme de Moufflaye qui est incendiée . L’artillerie allemande à la Croix Sainte Léocade retarde l’avance par de violents bombardements .

Lundi 14 septembre 1914

La 14eme division d’infanterie et la 28ème brigade attaquent ; leur objectif est de prendre pied sur la montagne de Chevillecourt . Le 35ème prend Chevillecourt à 6 heures du matin ; la fouille de toutes les maisons lui permet de faire une quinzaine de prisonniers . Ses éléments avancés arrivent à 2 kms de Morsain, tandis que le gros de la troupe occupe Massenancourt mais ne parvient pas à prendre pied sur le plateau où les Allemands se sont solidement retranchés cote 151.

Le 42ème arrive sans grande difficulté à Autrêches en passant par la Folie ; il pousse jusqu’au Bout de Vaux et atteint même la bifurcation des routes en bordure de plaine.   Isolé, il se replie sur Autrêches après avoir repoussé une contre-attaque allemande à Massenancourt ; le 60ème, lui, est empêché d’avancer et livre combat à Bonval et à Saint-Christophe ; ses pertes du jour sont de 4 morts, 57 disparus et 124 blessés .

Les Allemands contre-attaquent sans cesse,  repoussant les Français dans le ravin de Bonval ;  aux cris de Hurrah-Hurrah , leurs charges s’entendent jusqu’à Vic.

 

Les 15, 16 et 17 septembre 1914

Le 60ème attaque à nouveau mais plus à l’Est cette fois ; son 1er bataillon occupe la partie d’Autrêches que le 42ème avait abandonnée la veille ; le 3ème occupe Massenancourt et le second, Chevillecourt .

Le 308ème R .I. appuyé par le 42ème essaie de prendre pied sur le plateau avec comme objectif : le Tiolet . Les pertes sont lourdes : 15 tués et 133 blessés ou disparus sans que le but soit atteint . Même situation pour le 219ème R.I., qui attaque sans succès et avec beaucoup de pertes entre Moulin et Autrêches.

Les combats devenant acharnés et les pertes sévères, de nombreuses ambulances provisoires et des postes de secours sont installés à la mairie (à l’époque sur la place de l’église) et dans les granges de la ferme du château, ainsi que dans les maisons Desboves, Hicbacq, Fontaine, Collignon, Lepierre ; la nuit venue les blessés sont évacués à Vic.

Le curé d’Autrêches, l’abbé Verdier, assis sur une botte de paille dans la grange de Madame Vatel n’en finit pas de confesser les soldats voulant mettre leur conscience en règle avant de monter au feu : aussi finit-il par absoudre collectivement toute la troupe .

Il est évident que les allemands s’arc-boutent maintenant au terrain et  n’entendent plus reculer ; l’élan de la reconquête est brisé et, pour la première fois, les combattants commencent à creuser des trous individuels pour se protéger .

C’est dans ces conditions que va s’engager les jours suivants la bataille d’Autrêches.