Les cafés d’Autrêches

7/01/2013

Rémi Hébert

Les cafés d’Autrêches *

Au XIXème siècle, il y avait au moins un café-hôtel restaurant dans chaque village .

café égliseCafé Chevillecourt

place de l’Eglise,                                                             Chevillecourt

Restaurant l'esperance

Autrêches

Après 1918, on reconstruisit celui d’Autrêches, place de l’Eglise, celui de Chevillecourt, 26 rue du  Point du Jour et celui d’Hautebraye à l’actuel rond-point . Mais d’autres cafés étaient installés dans des maisons plus petites ou dans des constructions provisoires .

C‘est tout de suite après la Grande Guerre qu’il y eut le plus grand nombre de cafés à Artêches

A cette époque de nombreux manœuvres travaillaient à la reconstruction des bâtiments et au nivellement des terrains qui avaient été bouleversés par les ouvrages militaires (abris ou cagnas, soutes à munitions, tranchées, etc…) ou par les cratères d’obus de tous calibres . C’étaient des gens du pays ou bien des ouvriers creusois, italiens, portugais, espagnols amenés par des entreprises .

Il y eut des débits de boissons notamment aux adresses suivantes :

  • 7 rue du Beaumontoir,
  • entre les 5 et 7 rue de la Horse,
  • 1 rue des Champs,
  • au 6, 22 et 32 rue du Point du Jour,
  • 2 rue de Ponfare,
  • 7 rue du Marais .

Au fil des ans ces cafés furent tenus par de nombreuses personnes différentes . Pour certaines, il s’agissait d’un travail à plein temps pour les autres le débit était tenu par la femme que l’homme aidait le soir après le travail ; le ménage avait ainsi un appoint de revenus appréciable, du moins quand les affaires marchaient !

Souvent on y vendait de la charcuterie, de l’épicerie, des boissons en bouteille, du tabac, même du poisson . Certains exerçaient en même temps une autre activité : charron, maréchal,coiffeur…

Autre café- hôtel à Chevillecourt transformé en habitation aujourd’hui

Café hotel

Les consommations étaient peu variées : la chopine de rouge, parfois la canette de bière, souvent café et pousse-café, rarement l’apéritif . Les trois principaux cafés faisaient restaurant et dans les autres il arrivait que la patronne prépare un repas simple ou fasse réchauffer les gamelles.

Pour ouvrir un débit de boisson une licence est nécessaire . Certains ne pouvaient vendre que du vin en bouteille à emporter . L’un d’entre eux servait les assoiffés par un trou fait par un obus dans le mur.

Les divertissements étaient rares. Le soir ou le dimanche on jouait à la manille coinchée ou non . La TSF n’arriva dans les campagnes que dans les années 1930 ; on eut alors de la musique, des pièces de théâtre, des variétés, des chansonniers.

On donnait des banquets, des réunions se tenaient au café. Dans le café de la place de l’église il y avait un billard, dans celui d’Hautebraye on fit cinéma .

Le dimanche on « guinchait » au son d’un piano mécanique . Pendant la période de la reconstruction il y eut même un groupe musical constitué par les ouvriers .

Les lois contre l’ivresse étaient affichées et les patrons sérieux veillaient à ce qu’il n’y ait ni abus ni scandale ; évidemment certains abusaient de la boisson et sombraient dans l’alcoolisme (et dans le fossé où on les retrouvait couverts de rosée le lendemain matin)

Mais pour la plupart,  le café était un lieu de détente et d’amitié et les isolés appréciaient son ambiance chaude et conviviale . Après la reconstruction, le café de la place de l’église prit le nom d’hotel Bellevue. Des pensionnaires y logeaient à l’année, ou durant la saison sucrière. Parfois aussi, un voyageur y passait quelques nuits**.

Le café de Chevillecourt qui avait une pompe pour le carburant et un rayon épicerie ferma ses portes vers 1980, celui d’Autrêches une quinzaine d’années plus tard.

On ne peut que regretter la disparition des cafés à Autrêches comme partout ailleurs !

*d’après les souvenirs d’Ernest Lefevre recueillis par Louis Primaux et complétés par Rémi Hébert

**La tradition hôtelière  semble renaître aujourd’hui sous la forme de chambres d’hôtes chez  l’habitant.

SAINT-VICTOR de la carrière de pierres à la ferme

7/01/2013

par Rémi Hébert

 

SAINT-VICTOR

de la carrière à la ferme et de la ferme au centre équestre.

Nous nous sommes longtemps interrogés sur l’origine de ce lieu. Devait-on faire remonter son établissement au début du second millénaire, période de défrichement de nos plateaux et de fondation de toutes les grandes fermes de plaine ?

Sa situation sur la crête, sa configuration, les fortifications qui restaient en 1914, font penser aux fermes fortifiées du XIVème siècle, que l’Abbaye Saint-Médard de Soissons possédait aux environs (Moufflaye à Saint-Christophe ; Touvent à Moulin, Forest à Morsain).

Pourtant Saint-Victor ne figure sur aucune carte ancienne et nul document n’en fait état avant la fin du XIXème siècle … Et pour cause, car la ferme n’a été édifiée qu’à cette époque, à l’emplacement d’un moulin à vent .

Avant d’en rapporter l’histoire, rappelons que nos carrières ont commencé à être exploitées depuis la nuit des temps, mais à très petite échelle et pour les besoins locaux, compte tenu des énormes difficultés de déplacement des blocs .

saint-Victor

Viennent la révolution des transports, l’amélioration des routes, la canalisation des rivières, le chemin de fer enfin . L’élément décisif pour nos carrières fût la canalisation de l‘Aisne : les ports de Vic et dAttichy furent aménagés et la pierre partit pour les villes : Compiègne, Paris

Dans la perspective de nouveaux débouchés, François Fontaine, (né en 1820 à Dreslincourt, près de Ribécourt) s’installe en 1851 dans la carrière qui portait déjà le nom de Saint-Victor (comme l’église d’Autrêches) et entreprend de l’exploiter par les méthodes modernes .

L’exploitation est menée tambour battant et la construction de bâtiments à l’aspect féodal commence autour de l’entrée de la carrière .

Cinq ans plus tard, cette construction est presque achevée :  la « ferme » est celle que les anciens nous ont dit avoir vue ; trois domestiques y résident avec François Fontaine .

François Fontaine prend alors pour femme une jeune fille d’Autrêches âgée de 18 ans, Amélie Félicité Lefevre, de 19 ans sa cadette. Deux petites filles ne tardent pas à venir à leur foyer .

Les affaires de Fontaine continuent de se développer ; il va jusqu’à fournir des pierres pour la construction de la Gare du Nord à Paris . Fontaine fait travailler plusieurs hommes de la commune –pas seulement comme carriers d’ailleurs, puisqu’il ajoute une activité de cultivateur à son activité principale : il loge à la ferme, un contremaître de culture, deux charretiers et un palefrenier en 1866.

Vingt ans s’écoulent encore, François Fontaine est remplacé à la carrière par son gendre Martin Gustave Collignon, Maître carrier, né en 1847 dans la Meuse, tandis que sa veuve et la mère de celle-ci, Elisabeth Amory, veuve Prévost (malgré ses 71 ans) s’occupent plus particulièrement de la ferme .

En 1891 le personnel agricole n’a jamais été si nombreux : quatre charretiers, un berger, deux bouviers et un valet de cour sont logés à la ferme .

Peu après, Gustave Collignon, est élu Maire d’Autrêches et le demeure jusqu’en octobre   1907 .

Au début du siècle, il quitte Saint-Victor pour aller se fixer, Chemin du Casse-Cou, dans une grande maison au dessus du presbytère d’Autrêches.. Gustave Pamart, né en 1866 à Saint-Christophe, le remplace à Saint-Victor où la guerre viendra le déloger.

Transformée en forteresse par les Allemands, la ferme est rasée puis reconstruite telle que nous la voyons aujourd’hui à quelque distance des bâtiments primitifs, dont les fondations furent longtemps visibles dans les champs .

Après avoir été utilisée en 1939-1940 comme lieu de relégation, la ferme est devenue la propriété de nos amis de l’Hermitage qui, s’ils ne s’y livrent plus à la culture ou à l’extraction de la pierre, ont su donner à ce lieu une destination récréative et curative sous l’impulsion initiale du rayonnant docteur René Garrigues.

La Ferme du Tiolet

20/10/2011

Un peu d’histoire de la ferme du Tiolet1

Le hameau du Tiolet tire son nom des tilleuls qui y poussaient et dont la présence a subsisté jusqu’à la fin du XIXè siècle.  La forme ancienne du nom est Thillolet, Tiollolet ou Tilloloy .

Plan de la ferme et des terres en dépendant (1758)

Grande ferme de plaine, située aux confins des communes d’Autrêches, Nampcel et Audignicourt, le Tiolet était jusqu’à la Révolution, une dépendance de la ferme de Puiseux, également propriété de l’abbaye Notre Dame d’Ourscamp.

Le document le plus ancien concernant le Tiolet est un parchemin vieux de plus de 600 ans conservé aux Archives départementales de l’Oise2.

D’autres documents, souvent difficilement déchiffrables, attestent des convoitises  que suscitaient les terres fertiles du Tiolet mais permettent aussi de connaître les dynasties familiales qui s’y sont succédé.

Un plan de la ferme et de ses terres a été dressé peu avant le renouvellement du bail en 1760 aux époux Quéquet-Lebrasseur, derniers fermiers de l’ancien régime. A cette date le loyer à payer aux religieux d’Ourscamp s’élève à 550 livres tournois, 150 setiers de blé « bon et loyal grain sain et sec » mesure de Noyon et 200 gerbes .

Sous l’ancien régime, les fermiers du Tiolet comptent parmi les notables d’Autrêches. Comme tels, certains sont enterrés à l’intérieur de l’église.

Devenue bien national lors de la Révolution, la ferme, ses 511 essins et 19 verges de bonnes terres sont estimées puis vendues en 1791 pour 100 100 livres à l’exploitant de la ferme de l’Epine à Vivières.  De nombreuses réquisitions se succèdent pour alimenter en grains les armées révolutionnaires et les villes .

En 1871, c’est à l’armée prussienne qu’il faut fournir 2800 kg d’avoine, 1320 kg de paille et … une pièce de vin.

Au XIXème siècle, des générations de Flobert se succèdent à la tête de l’exploitation. L’un d’entre eux Charles-Félix est maire d’Autrêches et conseiller d’arrondissement.

Arrive le XXème, sa révolution agronomique et la Grande Guerre. Située dans les lignes allemandes et occupée par des batteries d’artillerie, la ferme est rasée et les terres dévastées. La ruine est totale mais le Tiolet va renaître. La ferme est reconstruite en modifiant sa disposition mais la bâtisse est du même type que la précédente. Le puits est toujours au milieu de la cour de la ferme et il faut toujours chercher l’eau à 70 mètres de profondeur…

Des hommes particulièrement courageux s’attèlent à la remise en culture que beaucoup croient perdues à tout jamais. Dès 1921, 4 maisons abritent 20 personnes travaillant sous la conduite d’un chef de culture venu du Nord. Celui-ci, cède les rênes à Gérard Vandame, originaire du Nord lui aussi. En 1936, la reconstitution est presque achevée, le hameau comporte 6 maisons habitées par 32 personnes. On y dénombre les 10 membres de la famille Vandame et 6 ménages, tous Polonais. La page est tournée lorsque vers 1942, G. Vandame quitte la ferme et y est remplacé par le jeune Bernard Lefevre et ses parents4 qui cultivaient déjà la ferme du Bout de Vaux.

Vaste exploitation, avec les terres de l’ancienne ferme du Bout de Vaux et avec la Grange des Moines, le Tiolet poursuit son existence plus que millénaire . Il constitue avec les maisons qui bordent la ferme un hameau où vivent une vingtaine de personnes .

Rémi Hébert

1 Cet article est un résumé d’une étude plus complète, communicable sur demande adressée à l’auteur :  occulus3000@gmail.com .

2 AD 60 ; H 4176

3 AD 60 ; plan 941

4 Louis, Désiré, Gabriel (dit Gustave) Lefèvre, parrain de la cloche de l’église d’Autrêches qui « CHANTE LA PAIX en souvenir des morts du village et de tous les soldats qui y sont tombés au cours de la Grande Guerre ».

La sucrerie

 

 

 

Après deux tentatives infructueuses au cours de la première moitié du XIX è siècle, la culture de la betterave démarra véritablement après l’abolition de l’esclavage et l’avènement du second empire au cours duquel la production fut multipliée par dix.

Pionniers, les départements du Nord de la France montrèrent la voie, rapidement suivis par d’autres. Dès 1857, l’Aisne 20% du sucre français était produit dans l’Aisne.

Comme à l’origine, le ramassage des betteraves se faisait avec des charrois à chevaux, il fallait nécessairement que l’usine se trouve à faible distance des lieux de culture. Ainsi, des sucreries furent créées en grand nombre et le département de l’Aisne en comptait déjà 32 en 1852 et 82 en 1886.

La création de la sucrerie d’Autrêches est due à François Honoré, distillateur de Marchiennes dans le département du Nord. Celui-ci acquit au début des années 1860 un grand terrain au Bout de Vaux bordé par le rû des Tanneurs d’une part et d’autre part par le chemin menant à Audignicourt et la rue du Beaumontoir.

Le 8 mai 1863, F. Honoré demande avec insistance l’autorisation d’ouvrir son usine en s’engageant à refouler entièrement les eaux usées vers la plaine. La production est lancée la même année.

Néanmoins, la création d’un établissement industriel à Autrêches se heurte à l’opposition farouche du comte Marie, Alexandre, Edouard de Lupel dont le château n’est guère qu’à un kilomètre de là. Comme par ailleurs, le rû traverse sa propriété sur 700 mètres, il entend qu’aucun rejet n’y soit fait car ses chevaux et ses bestiaux y boivent et son linge y est lavé. De surcroît, ses canaux sont abondamment empoissonnés. Il indique que si malgré cela, la sucrerie était autorisée, « sa demeure serait inhabitable » et refuse par avance toute indemnité compensatrice.

La production de la sucrerie commence en dépit de cette opposition tranchée. Le comte ne désarme pas néanmoins et adresse au préfet des lettres au vitriol dans lesquelles il indique que la construction de l’usine s’est faite sans autorisation après « l’achat à vil prix d’un emplacement détestable consistant en un bâtiment de ferme qui ne servait plus et en un marais près de la source qui alimente le pays ». Par ailleurs, il estime qu’une sucrerie à Autrêches est sans intérêt compte tenu de la proximité de telles usines à Nampcel et à Vic.

L’année suivante, le comte demande au préfet de l’Oise « l’arrêt immédiat de la sucrerie si les eaux devaient ne plus pouvoir aller en plaine » et  le rehaussement de la cheminée à la hauteur de la plaine « car une fumée infecte et épaisse a couvert les habitations du vallon pendant la fabrication en 1863. L’air respiré était nauséabond. » La copie de la lettre au préfet est reçue le 22 octobre 1864 par le maire d’Autrêches, le vicomte Marie, Gabriel, Gustave de Lupel1 qui n’est autre que le fils du récalcitrant.

Par lettre du 28 novembre 1864, F. Honoré est autorisé à mettre en service quatre chaudières et une machine à vapeur.

D’autres demandes sont formulées pour la construction d’un four à chaux la même année et d’un puits absorbant l’année suivante. La construction du four à chaux est autorisée le 30 septembre 1865 à condition qu’une cheminée de 15 mètres au moins soir édifiée. Une autorisation (provisoire) est également donnée pour construire un puits absorbant 1m3/mn.

Ainsi, malgré la vigueur d’une opposition acharnée, le comte n’a pu réussir à entraver la construction de la sucrerie ni son développement.

Que devint la sucrerie par la suite ? Force est de convenir qu’elle ne dût guère prospérer changeant plusieurs fois de mains pour être mise finalement en liquidation en 1877 après avoir été rachetée par les propriétaires de la sucrerie de Nampcel, Labarre, Fréville et Cie, puis par Labarre, Dujardin et Cie et enfin par Herbert et Cie.

L’essentiel du personnel permanent fut recruté dans le nord de la France d’où étaient originaires Auguste Dujardin, Léon Herbert recensés à Autrêches respectivement en 1872 et 1876.

En tout état de cause, il est certain que la sucrerie eut une existence bien éphémère.

Avant le lotissement en 2009 du terrain occupé jadis par la sucrerie, quelques vestiges témoignaient encore des installations industrielles construites par François Honoré il y a près d’un siècle et demi.

La disposition des installations de la sucrerie nous est connue avec précision par les plans en annexe.

Remi Hébert

1 Celui-ci devait décéder le mois suivant. Il fut remplacé par Ch. Flobert, cultivateur du Tiolet qui, de ce fait était probablement intéressé par une sucrerie à proximité de ses champs.