La mort de Gaucher II d’Autrêches

7/1/2013

Rémi Hébert

Gaucher II d’Autrêches, victime de juments fatales

 

Certains des seigneurs d’Autrêches eurent une célébrité qui dépassa le cadre local ; Gaucher II d’Autrêches est de ceux là.

Gaucher II fut l’un des hommes les plus éclairés du règne de Saint-Louis et aussi l’un de ses plus vaillants guerriers : il suivit son Roi dans sa croisade en Terre Sainte . Joinville, dans son histoire de Saint-Louis, rapporte sa mort à la bataille de Mansourah en février 1250 .

Après la prise de Damiette, le campement des croisés était harcelé de tous les côtés par les infidèles ; de nobles chevaliers se proposèrent pour dégager les abords du camp, ce que le Roi leur interdit .

Gaucher II d’Autrêches, n’écoutant que son courage, décida de faire une ronde autour du camp ; il se fit armer en tous points dans sa tente : à cheval, l’écu au cou, le heaume sur la tête, il  fit relever les pans de sa tente et piqua des éperons vers les Turcs, tandis que tous gens criaient d’une voix forte « Chasteillon » .

Gaucher II montait un cheval entier et très fougueux, tandis que les Turcs eux, chevauchaient des juments : « l’ardeur de ces femelles anima le cheval de Gaucher II au point de le rendre indomptable » : ne pouvant le retenir, son cavalier s’élança droit au milieu des escadrons  musulmans .

Gaucher II fut jeté à terre et son cheval lui passa sur le corps ; les Turcs assénèrent sur le gisant de grands coups de leurs lourdes masses . Venant à sa rescousse, le Connétable de France et les gardes du Roi réussirent à le ramener par les bras jusqu’à sa tente : quand il y arriva, il ne pouvait plus parler, mais les « chirurgiens et physiciens » ne jugèrent pas son état alarmant ; pour seule médecine ils ordonnèrent de le saigner aux deux bras .

Le soir, Joinville et un autre chevalier résolurent de rendre visite à cet homme « de grand lignage et de grande vaillance » . Le Chambellan de Gaucher II  d’Autrêches leur demanda de marcher doucement afin de ne pas réveiller son maître .

Peine perdue, Gaucher II avait déjà rendu l’âme !

Lorsque Saint-Louis apprit la mort de son compagnon, il en conçut un vif chagrin et dit qu’il ne voudrait pas avoir à faire à de tels médecins !

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