Un notaire à Autrêches

20/01/2013

 

 

 

Un notaire à Autrêches

                                                                                                                                                                                                  par Remi  Hébert

 

Arrière petit fils d’un chaudronnier qui avait quitté la région de Murat dans le Cantal pour venir s’implanter à Autrêches à la fin du XVIIè siècle, Jean Rigeasse naquit en 1748.

Son père se prénommait aussi Jean et exerça différents métiers dans la région. Celui-ci fut notamment  chef de cuisine chez un marquis, puis s’installa à Blérancourt où on trouve sa trace de 1756 à 1773 et où il y fut marchand puis vitrier.

Son fils hérita de son père cette aptitude à la « flexibilité professionnelle ». Instruit, opportuniste et ambitieux, il alla être une des figures qui marquèrent  la commune d’Autrêches à l’un des tournant historique de notre pays.

Géomètre, il fut tout d’abord « arpenteur de la maîtrise des eaux et forêts de Soissons » puis revint à Autrêches (avant 1780) et devint  « arpenteur et procureur fiscal de la justice de ce lieu ». Mais dès 1784, il opéra une reconversion professionnelle en réussissant à recréer une étude de notaire à Autrêches. Le précédant notaire avait en effet transféré son étude à Vic en 1692 de sorte que les habitants d’Autrêches devaient se déplacer pour traiter leurs affaires.

Grâce à ses relations et son entregent, Rigeasse put donc ouvrir une étude qu’il implanta sous l’église juste à coté du château.

La Révolution trouva en lui un ardent partisan ce qui lui permit lors du redécoupage administratif de la France qu’Autrêches soit soustrait à l’Aisne pour être rattaché à l’Oise. En effet, Rigeasse craignait la concurrence de son confrère de Vic, M° Roguin, homme actif, intelligent et populaire que le châtelain et la plupart des habitants d’Autrêches continuaient à lui préférer.

Rigeasse réussit sa manœuvre …. et de ce fait, depuis plus de deux siècles , Autrêches appartient au département de l’Oise alors que tout dans la géographie et dans l’histoire rattache Autrêches au Val d’Hozier situé intégralement dans le département voisin.

Très actif dans les instances révolutionnaires, Rigeasse est en 1792 administrateur du district de Noyon. Mais Noyon ne lui suffit pas et « le notaire public et arpenteur » va aller résider rue de Champfleury à Paris fin 1793. Le 26 frimaire de l’an II (début 1794), il fait une déclaration devant le commissaire de police de la section des Tuileries au procès des Hébertistes.

Néanmoins, l’ardent révolutionnaire veille également à ses intérêts personnels en continuant à accroître ses biens immobiliers à Autrêches. Ainsi se porte t-il acquéreur de biens nationaux de l’an III à l’an VIII : il achète le presbytère pour 2160 francs, les biens de la fabrique et ceux de l’Hotel-Dieu de Soissons pour 8550 livres (conjointement).

Il ne délaisse pas non plus les affaires municipales d’Autrêches. En qualité d’adjoint,  il signe les actes d’état-civil (an VII, VIII,…).

Jean Rigeasse exerça 27 ans le métier de notaire à Autrêches mais son étude ne parvint pas à  avoir assez de clientèle. Il signe son dernier acte le 3 septembre 1809 et concourt avec succès pour exercer à Pierrefonds où il transfère son étude. Il y succède à M° Sivé qui auparavant avait  réuni les deux études de la localité.

Ce rebond de Rigeasse sera le dernier : le 1er décembre 1810, un autre notaire M° Beaudoin, le remplace à Pierrefonds. Probablement malade, Jean Rigeasse retourne chez lui à Autrêches pour y mourir peu après, le 30 mars 1811.

Ses biens sont importants à son décès : le partage ne comporte pas moins de 80 lots évalués à 24 000 francs parmi lesquels une maison et 1ha 36a au Bout de Vaux et la maison mitoyenne du château qui servait d’étude.

Une de ses descendantes, Madame Le Pierre, fut marraine d’une cloche après la Grande Guerre et léga ses terres à ceux qui les cultivaient. Ainsi se termina à Autrêches la saga des descendants du chaudronnier venu de Haute Auvergne 2 siècles et demi auparavant.