Une vendetta au XVIe siècle

20/1/2015

par Remi  Hébert

Une vendetta au XVIe siècle

Peu de seigneurs locaux eurent une notoriété au-delà des limites du Soissonnais . Il y eut cependant quelques exceptions : parmi celles-ci,  Antoine de Gonnelieu, gouverneur des châteaux de Ham et de Pierrefonds  . Peut-être aurait-il mieux valu pour lui qu’il ne quittât pas sa seigneurie de Jumencourt (proche de Coucy), ce qui lui aurait évité d’être mêlé à de terribles affrontements, et d’échapper ainsi à une fin tragique . Familier des Grands du Royaume,  homme de confiance du roi, Antoine de Gonnelieu était   beaucoup plus fréquemment au Louvre (résidence royale à l’époque) qu’à Autrêches dont sa belle-sœur était la Dame . Néanmoins, l’époque était troublée et Antoine de Gonnelieu fut mêlé à une véritable vendetta. La haine que se portaient deux familles, les d’Alègre et les du Prat (ou Duprat) avait pour origine Anne d’Alègre qui voulut déshériter les huit enfants qu’elle eut avec Antoine IV du Prat, son premier mari. Cette haine les fit s’entretuer pendant une vingtaine d’années :  

  • Le 8 avril 1565, Antoine d’Alègre, baron de Milau      poignardait François du Prat, baron de Thiers et de  Vitteaux, chambellan du duc d’Anjou et surtout petit-fils d’Antoine du Prat, le célèbre chancelier de France.
  • Le 31 janvier 1569, Guillaume  du Prat, baron de Vitteaux, croisant aux abords du Louvre le meurtrier de      son frère lui tirait un coup de pistolet sans toutefois l’atteindre.
  • En mars 1572, Pierre du Prat fut tué,      « mal a propos et avec supercherie » rapporte Brantôme, par      Antoine de Gonnelieu, ami des Alègre : ce Pierre du Prat était page      du duc d’Alençon et n’avait que 15 ans….

Son meurtre accompli, Antoine de Gonnelieu s’empressa de quitter la Cour pour se réfugier sur ses terres ou plutôt se mettre  sous la protection du connétable de Montmorency à Chantilly. Las! Guillaume du Prat accompagné de cinq hommes le rattrapa à Luzarches et le tua « vite et sans cérémonie » ; son corps retrouvé quelques jours plus tard, fut inhumé dans l’église d’Autrêches auprès de l’autel de la Vierge*. Ce dernier meurtre rendit furieux le roi et son frère qui exigèrent l’exécution de du Prat ; mais celui-ci réussit à s’enfuir en Italie et ne revint que pour tuer l’année suivante Antoine d’Alègre, meurtrier de son premier frère . La série des assassinats continua : en 1575 Guillaume du Prat occit Louis Béranger du Guast, l’amant de la mère de la Belle Gabrielle d’Estrées tandis qu’en juin 1577 : Yves III d’Alègre, frère d’Antoine, tombait victime d’un guet-apens, percé de 37 coups de dague . La série prit fin seulement en 1583 après qu’Yves IV d’Alègre, fils d’Antoine -qui a remplacé du Guast dans le cœur de la mère de la Belle Gabrielle- eut tué en duel le terrible Guillaume du Prat, meurtrier de son père et de ses oncles . Les deux amants s’établirent à Issoire en Auvergne où ils seront eux mêmes tués en 1592.

La fin tragique d’Antoine de Gonnelieu  et la succession de meurtres dans laquelle elle s’inscrit, illustre bien la rudesse des moeurs de l’époque. La veuve d’Antoine de Gonnelieu, Charlotte de Bosbecq, fit un procès et obtint la somme de 4.000 livres .

* Jusqu’en 1914, sur la dalle funéraire en pierre bleue d’Antoine de Gonnelieu, on pouvait encore lire (difficilement)  l’inscription suivante : « ci-git noble hôme Anttoine de Gonnelieu, Chevalier Seigneur de Jumencourt, Premier Chambellan et Capitaine des gardes du roi Charles IX et Gentilhomme ordinaire de la Chambre de Monseigneur le duc d’Alençon, frère dudit Seigneur, lequel trépassa le XXVIème jour de mars 1572 ».…………….. ».  La dalle fut ensuite déplacée pour être mise à l’entrée du chœur, puis en 1866 à l’entrée du grand portail. Enfin, elle fut fixée au mur extérieur de l’église vers 1985.  Cette pierre tombale est la seule à ne pas avoir été détruite lors de la première guerre mondiale .

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