SAINT-VICTOR de la carrière de pierres à la ferme

7/01/2013

par Rémi Hébert

 

SAINT-VICTOR

de la carrière à la ferme et de la ferme au centre équestre.

Nous nous sommes longtemps interrogés sur l’origine de ce lieu. Devait-on faire remonter son établissement au début du second millénaire, période de défrichement de nos plateaux et de fondation de toutes les grandes fermes de plaine ?

Sa situation sur la crête, sa configuration, les fortifications qui restaient en 1914, font penser aux fermes fortifiées du XIVème siècle, que l’Abbaye Saint-Médard de Soissons possédait aux environs (Moufflaye à Saint-Christophe ; Touvent à Moulin, Forest à Morsain).

Pourtant Saint-Victor ne figure sur aucune carte ancienne et nul document n’en fait état avant la fin du XIXème siècle … Et pour cause, car la ferme n’a été édifiée qu’à cette époque, à l’emplacement d’un moulin à vent .

Avant d’en rapporter l’histoire, rappelons que nos carrières ont commencé à être exploitées depuis la nuit des temps, mais à très petite échelle et pour les besoins locaux, compte tenu des énormes difficultés de déplacement des blocs .

saint-Victor

Viennent la révolution des transports, l’amélioration des routes, la canalisation des rivières, le chemin de fer enfin . L’élément décisif pour nos carrières fût la canalisation de l‘Aisne : les ports de Vic et dAttichy furent aménagés et la pierre partit pour les villes : Compiègne, Paris

Dans la perspective de nouveaux débouchés, François Fontaine, (né en 1820 à Dreslincourt, près de Ribécourt) s’installe en 1851 dans la carrière qui portait déjà le nom de Saint-Victor (comme l’église d’Autrêches) et entreprend de l’exploiter par les méthodes modernes .

L’exploitation est menée tambour battant et la construction de bâtiments à l’aspect féodal commence autour de l’entrée de la carrière .

Cinq ans plus tard, cette construction est presque achevée :  la « ferme » est celle que les anciens nous ont dit avoir vue ; trois domestiques y résident avec François Fontaine .

François Fontaine prend alors pour femme une jeune fille d’Autrêches âgée de 18 ans, Amélie Félicité Lefevre, de 19 ans sa cadette. Deux petites filles ne tardent pas à venir à leur foyer .

Les affaires de Fontaine continuent de se développer ; il va jusqu’à fournir des pierres pour la construction de la Gare du Nord à Paris . Fontaine fait travailler plusieurs hommes de la commune –pas seulement comme carriers d’ailleurs, puisqu’il ajoute une activité de cultivateur à son activité principale : il loge à la ferme, un contremaître de culture, deux charretiers et un palefrenier en 1866.

Vingt ans s’écoulent encore, François Fontaine est remplacé à la carrière par son gendre Martin Gustave Collignon, Maître carrier, né en 1847 dans la Meuse, tandis que sa veuve et la mère de celle-ci, Elisabeth Amory, veuve Prévost (malgré ses 71 ans) s’occupent plus particulièrement de la ferme .

En 1891 le personnel agricole n’a jamais été si nombreux : quatre charretiers, un berger, deux bouviers et un valet de cour sont logés à la ferme .

Peu après, Gustave Collignon, est élu Maire d’Autrêches et le demeure jusqu’en octobre   1907 .

Au début du siècle, il quitte Saint-Victor pour aller se fixer, Chemin du Casse-Cou, dans une grande maison au dessus du presbytère d’Autrêches.. Gustave Pamart, né en 1866 à Saint-Christophe, le remplace à Saint-Victor où la guerre viendra le déloger.

Transformée en forteresse par les Allemands, la ferme est rasée puis reconstruite telle que nous la voyons aujourd’hui à quelque distance des bâtiments primitifs, dont les fondations furent longtemps visibles dans les champs .

Après avoir été utilisée en 1939-1940 comme lieu de relégation, la ferme est devenue la propriété de nos amis de l’Hermitage qui, s’ils ne s’y livrent plus à la culture ou à l’extraction de la pierre, ont su donner à ce lieu une destination récréative et curative sous l’impulsion initiale du rayonnant docteur René Garrigues.

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